2011 : Le colloque "terminal" de l'année du Centenaire

Mer30Nov201110:05

2011 : Le colloque "terminal" de l'année du Centenaire

À l'UNESCO, le 26 novembre 2011, en présence de nombreuses personnalités et d'un immense public...

L'idée de cette rencontre "terminale" est due à Maurice Déjean, ancien E.D.F., frère de Pierre Déjean, Commissaire national du Mouvement en 1940, déporté et assassiné à Mauthausen. Le thème - l'apport du scoutisme laïque dans la formation des jeunes à la citoyenneté -  proposé en "inter générations" au réseau des anciens de nos associations comme aux actifs actuels... et à leur successeurs, en a été adapté pour mettre en évidence, non seulement son rôle passé, mais aussi, et peut-être surtout, l'importance de nos valeurs et de nos approches en réponse à un besoin toujours d'actualité.

Le programme du colloque :

Présenté par une plaquette introduite par le Délégué général, le programme présente le principe général de la manifestation ainsi que les "ateliers" qui auront à traiter de divers sujets liés à son objectif.

Les interventions :

Nous avons pu nous procurer les textes de quelques intervenants que nous remercions :

- Atelier 4 : Des chemins d'engagement au service de la société : Témoignage de Colette Charlet

- Atelier 10 : Éducation à la paix et interculturalité : Témoignage de Malick M'Baye


...au service de la société

Comment les EEDF ont accompagné les « bâtisseurs de demain » dans leur engagement…

Qu’est-ce qui nous a préparés à agir ainsi ?

Ce fut une aventure humaine au long cours, loin de toute précipitation, de toute logique de loisirs qui engendre concurrence, domination, exclusion, consommation. Du temps et non de l’immédiateté, pour apprendre à vivre ensemble, parce que, souvent, le souvenir récent de destinées brisées est encore dans nos têtes. C’est au milieu des années 50, que je fis mes premiers pas au sein des EDF, au sein de groupes de la banlieue parisienne.

On ne parlait pas encore de « développement durable, éco-citoyenneté, formation tout au long de sa vie… ». Mais en fait, sans les nommer, conceptuellement, nos responsables ont ensemencé nos têtes, par des pratiques, des projets (on disait parfois « pédagogie de projet ») où toutes ces notions étaient mises en travail pour que nous puissions apprendre, dépasser nos difficultés, créer, respecter l’environnement. Comparativement avec ce qui se passait à l’école, pas de classement excluant, mais une attention portée aux personnes. Pour paraphraser le Dr Korczak, pionnier de l’éducation nouvelle en Pologne et adepte du scoutisme dès 1910 : « Il est important de trouver soi-même le sens que l’on donne aux choses et d’en déduire les « Règles de la vie ». Nos écrits, nos publications, nos appels en témoignent et très vite, on nous le fit comprendre « que l’on ne peut sacrifier les droits à l’éducation, la culture et aux loisirs, en direction de la jeunesse. Nos associations complémentaires de l’école ne peuvent être la caution d’une quelconque privatisation d’un bien public irremplaçable que nous aînés avons contribué à bâtir ».

De quelle façon s’élabore, se transmet ce travail de réflexion collective entre enfants, puis avec les adultes ? C’est un levier pour inventer un demain qui n’existe pas encore. Personne ne détient la vérité. Nous qui étions les enfants des lendemains de cette guerre effroyable, il nous paraissait vital de donner pour de bon existence à nos rêves.

Pour bon nombre d’entre nous, les EEDF ont été un lieu de construction et de partage des savoirs par des processus de création où la culture de l’imaginaire jouait un rôle important. En cela nous avons irrigué l’école. Cela est aussi inséparable de la mise en place d’instances démocratiques comme le conseil d’enfants, que l’on retrouve dans le champ des pratiques d’éducation nouvelle( cf pédagogie institutionnelle). Pour ceux et celles qui n’en avaient point l’habitude, prendre parole fut une ouverture, une incitation à l’élaboration de projets de manière démocratique, à l’exercice de droits sociaux élémentaires. C’est de cette aventure humaine que naîtra très tôt chez moi le désir d’être enseignante. De manière naturelle, à mon tour, je devais faire en sorte que mes pratiques éducatives permettent aux enfants d’exercer leur rôle de citoye(n)e dans l’espace public.

Quand vient le tour d’être « passeur », le temps des projets.

Adolescent ou jeune adulte, on ne nous a jamais dit : « tu vas transmettre à ton tour … » La force de cette formation est d’avoir intégré de manière naturelle une éthique, une vision du monde, un peu comme ces Justes qui s’engageaient pour venir en aide, prenaient des risques. Loin du conditionnement mental, nous avons appris à emprunter des chemins inhabituels où l’on se découvre capable d’acquérir des compétences nouvelles, de se construire un autre rapport au savoir.

Ça s’installe profondément, comme une musique qui nous accompagne, ne nous quitte jamais. Sur ce parcours professionnel, voici trois projets avec l’école, qui portèrent l’empreinte de cette éducation chez les EEDF :

1) Un terrain d’aventure attenant à une école à « aires ouvertes » : Activités sur le temps scolaire (De 1976 à 1979), à Suresnes, avec une classe (MS-GS) intégrant des enfants sourds et en grande difficulté psychique. Sont pratiquées des activités de plein air, construction de cabanes, de lieux de jardinage, élevage d’animaux, maîtrise du feu, réalisation d’une fresque murale sur le mur d’un pavillon qui est un local municipal de rangement et de réunion… Ce fut un lieu de construction de savoirs, d’expérimentation scientifique, de lien avec le quartier, un champ de réussite, de coopération entre tous les enfants, en particulier en direction des plus fragiles…Les enfants ont été amenés à mobiliser leurs énergies pour agir, imaginer, chercher, tâtonner, prendre des risques, comprendre et transformer leur lieu de vie scolaire. Ils ont appris à rompre les barrières entre les deux lieux éducatifs : la classe, le terrain d’aventure. Il ne pouvait y avoir d’antagonisme, mais bien articulation de projets.

C’est au cours de ce projet que je reçus le soutien de Robert Gloton, I.E.N.dans le XXème à Paris. Je l’avais connu en formation sur Paris, à l’école normale d’institutrices, puis avec le GFEN. Il écrivait : « Une école active ne peut-être pour l’enfant qu’une école du travail, non point celle d’un travail aliéné que connaissent les hommes d’aujourd’hui et qui leur fait prendre en horreur la notion même de travail, mais d’un travail qui retrouve sa valeur humaine fondamentale de réalisation de soi dans une activité productrice à caractère social, valorisante et épanouissante. »

2) Une classe verte pas comme les autres : Préparation du premier Sommet de la Terre de Rio 1992. Projet mené toute l’année 91-92 avec une classe de CP/CE1. En quoi cela concerne les enfants ?. Parce qu’ils seront les adultes de demain. Enquêtes, travail sur contes philosophiques, questionnements des élus sur les problèmes concernant l’environnement, le vivre ensemble, réalisations d’affiches, rencontres avec les associations comme la FRAPNA et enfin sur les traces des EEDF, organisation de la classeverte/camp sur le terrain des EEDF à St-Jorioz (lieu de camps de tant de jeunes !). Sur le temps de ce premier Sommet de la Terre( débats, activités découverte, jeux coopératifs, rencontres avec les élus, lecture des journaux, écriture de manifestes, articles pour le journal municipal…) 20 ans après ce projet a laissé des traces. Beaucoup de ceux qui furent enfants en 92 s’en souviennent comme un moment fort. Ils eurent l’impression de se forger une expérience unique, ancrée dans la réalité de ce monde en changement, d’avoir eu l’occasion de développer leurs capacités à chercher des solutions pour affronter et transformer des réalités locales (pollutions, disparition d’espèces…). Nous avons pris le temps de prendre en compte leurs questions, leurs étonnements, leurs raisonnements afin de développer un esprit critique par un travail coopératif « parce qu’éduquer c’est conscientiser, démystifier, rendre visible ce qui fut caché pour opprimer. » (Moacir Gadotti)

Je pris alors conscience que si je n’avais pas participé à des « expéditions alpines » en tant qu’éclaireuse ; avec les conseils avisés de Paul-Émile Victor, je n’aurais pas été en mesure d’envisager de telles « entreprises ». Il en fut de même avec Adeline Gavazzi-Eloy, de l’équipe nationale louveteaux avec qui j’avais des échanges formateurs, lors des réunions du comité de rédaction de : « Louveteaux Magazine ».  Elle disait : « C’est en regardant la réalité telle qu’elle est, avec modestie mais avec l’assurance de celui qui a eu des expériences positives que chacun peut regarder l’avenir en construisant un projet évolutif…dans le respect des valeurs humanistes universelles et à l’écoute des autres. »

3) Puiser dans le magasin des « histoires du monde », pour transmettre et former des enfants conteurs, débattre lors de moments philo à partir de contes mythologiques grecs, pour affronter les interrogations qui fondent l’esprit humain, partager nos espoirs, prendre parole sur des lieux publics… Comme nous le faisait remarquer Andrée Barniaudy-Mazeran(autre figure des EEDF), à propos de certains passages du Livre de la Jungle ; certains personnages ou situations imaginaires permettent de mettre en débat la notion de loi, de règles, de modes de participation. Il devient alors plus facile pour l’enfant, d’élaborer et de choisir ses règles de vie, d’imaginer des projets.Il devient à même de comprendre et de faire des liens avec ce qui se passe dans la société, d’imaginer des solutions possibles aux problèmes qu’il rencontre. C’est pourquoi, depuis quelques années, je me suis lancée dans l’aventure de former des enfants conteurs dès la maternelle, pour approvisionner « le magasin imaginaire » (Expression empruntée au psychiatre Lucien Bonnafé).

Nos défis exigents ont été de formidables déclencheurs de projets et pratiques émancipatrices à l’intérieur des murs de l’école. Celles-ci ont fécondé de la graîne de citoyen(n)e. Peut-on vraiment l’être si l’on n’a pas appris à oser sa parole, débattre, expérimenter, chercher pour comprendre le monde qui nous entoure, considérer l’Autre comme mon égal.

Que ce soit dans la vie professionnnelle ou à la retraite, on ne ferme jamais la porte sur le passé avec les EEDF. Comme le faisait remarquer une caissière de coopérative de mon quartier : « Voyez je ne suis pas arrivée par hasard sur ce lieu, derrière, il y a le scoutisme ! » Nous continuons de le porter au plus profond de nous-même, de donner sens , réalité à ce rêve moral de fraternité, de servir  « l’intérêt collectif en même temps que le bonheur individuel ». Comme nous nous plaisions à le chanter avec William Lemit : « Ensemble, nous avons marché… » pour accompagner les bâtisseurs de demain dans leur engagement.

Colette Charlet

Colette a été enseignante en maternelle, puis spécialisée (RASED) de 1964 à 2001

- Éclaireuse, puis aînée sur les groupes de Suresnes et Puteaux. Responsable louveteaux de 1956 à 1970. Nombreux camps à l’étranger. Membre de l’équipe de rédaction de "Louveteaux Magazine".

- Investissement naturel dans le champ des mouvements d’éducation nouvelle à partir de l’expérience accumulée au sein des EEDF (ICEM, GFEN, Éducation à la Paix) Participation à des séminaires et forums internatioaux

- Publications régulières pour la revue Dialogue du Groupe Français d’Éducation Nouvelle (GFEN), des livres collectifs autour des pratiques d’écriture, de la pédagogie de projets, la culture de paix…

- Articles relatant les rapports entre Éducation Nouvelle et les EEDF : « Relever les défis de l’éducation nouvelle » 45 parcours d’avenir (Lien International de l’Éducation Nouvelle) Édition Chronique Sociale 2009

- Participation au Colloque avec le PAJEP, en Novembre 2010 Paris  « L’éducation nouvelle au service d’une nation à réformer entre espoirs et réalités » Actes à paraître prochainement.

- Témoignage dans le livre du Centenaire : 100 ans de laïcité dans le scoutisme et l'éducation populaire

- Articles pour des livres collectifs autour de l’éducation à la paix parus en Espagne, en Russie, en Inde, en Norvège, en Argentine, au Brésil, au CNDP

Colette nous a, depuis, donné quelques nouvelles :

"En ce moment avec un collectif d'ONGs international qui travaille en direction des jeunes pour faire entendre sa voix au Second Sommet de la Terre de Rio qui se tiendra en Juin 2012 , nous traitons des questions abordées lors de ce Colloque du Centenaire. Une journaliste est venue chez moi pour m'interviewer et produire un petit film, elle m'a observée en situation auprès des enfants durant les moments philo  et de transmission de contes et a enregistré le témoignage de mes collègues.

Elle a aussi pris des photos des archives que j'avais gardées depuis 20 ans, qui contiennent les écrits et dessins des enfants préparatoires à la classe nature/camp sur le terrain de St-Jorioz en Juin 1992 (Lors du Premier Sommet de la Terre de Rio).
Localement avec la municipalité de Cran-Gevrier où je réside, fin Mars 2012, aura lieu une journée spéciale en direction du Conseil Municipal des jeunes pour qu'ils prennent conscience du travail accompli il y a 20 ans. Je suis conviée à témoigner avec quelques anciens élèves et quelques éclés. J'y animerai des ateliers.

En Février, je pars en Pologne pour recueillir la parole des jeunes sur ce même sujet et qui sont en situation de précarité sur Varsovie. Je vais essayer de contacter les ZHP, car je sais qu'ils sont sensibles à la question de l'éducation à l'environnement."


 
 

C’est pour moi un honneur et un immense plaisir que de participer à la commémoration du premier centenaire du mouvement des Éclaireuses et Éclaireurs de France.

Ce colloque nous donne l’occasion de poser les  problèmes les plus urgents dans les domaines éducatifs, culturels, politiques et sociaux que soulève notre avenir commun qui devra être pluraliste ; si nous sommes appelés à  coexister en paix dans toute notre diversité. Cette diversité devra nécessairement reposer sur des idéaux démocratiques partagés de justice, de liberté, d’égalité, de solidarité, et de dignité sociale et culturelle.

Éduquer signifie au sens large: "développer ou perfectionner les qualités intellectuelles et morales de l'enfant ou du jeune au moyen de préceptes, d'exercices, d'exemples, etc.". Par ailleurs, ce mot s'apparente étymologiquement aux mots conduire, induire, séduire, rendre docile, c'est-à-dire obliger à obéir. S'il est vrai que cette exigence entrait dans la définition de l'enseignement en ses lointaines origines, on aurait peine à concilier aujourd'hui éducation et docilité ou soumission à l'autorité ou à l'opinion d'autrui. De nos jours, éduquer signifie, doit signifier, pratiquement l'inverse, c'est-à-dire façonner le caractère et l'esprit d'un être humain, et le doter d'une autonomie suffisante pour qu'il puisse raisonner et décider le plus librement possible, en faisant abstraction des influences extérieures, des clichés et des lieux communs.

C'est grâce à elle que peut être offerte à tout individu la souveraineté personnelle, la capacité de faire lui-même ses choix. La souveraineté personnelle, la seule souveraineté qui compte.

"Connais-toi toi-même", tel était le précepte de l'oracle de Delphes que Socrate répétait à ses disciples. Dans la mesure où l'être humain a un "soi-même", une vie spirituelle qui lui est propre, il peut acquérir des goûts et parvenir à des jugements authentiques, être davantage "une personne", être plus libre.

Aujourd’hui comme vous le constatez pour le meilleur, comme pour le pire, le monde apparaît tel un espace unifié, dont l’aboutissement est la mondialisation, avec une pluralité de cultures et un pluralisme de valeurs. La conclusion d’un tel processus de maturation a suivi un long cheminement dès l’aube de la modernité, en passant par la Renaissance, puis le siècle des lumières, avec d’une part l’universalisme et d’autre part le pluralisme et la diversité des pratiques.

C’est ainsi que le citoyen éveillé de notre temps de par sa générosité, son ouverture d’esprit et sa sympathie, est sans doute, de fait un citoyen du monde.

Ce n’est donc pas un hasard, si le Scoutisme et le Guidisme sont nés au cours du XXème siècle, marqué par une crise  caractéristique de dévaluation des valeurs suprêmes dans un univers exacerbé de nationalismes, de sécularisation mais également de crise de valeurs laïques, de brutalité de l’histoire et des sociétés. Dans ce contexte, l’éducation, clé essentielle pour entreprendre un avenir de paix, a occupé une place centrale dans un monde de plus en plus fluctuant et flexible, marqué par l’influence émotionnelle et intellectuelle d’images éphémères. Dès lors quelle éducation faudrait-il préconiser pour ce nouveau citoyen ?

Certainement l’éducation pour la paix !

Parmi les éducateurs qui ont admis l’égale dignité des cultures et leur indispensable respect, figure Robert Baden Powell qui a conféré une valeur ajoutée  à l’éducation à la paix, par sa mise en pratique. Cette éducation  englobe l’éducation à la multiculturalité, l’éducation aux valeurs et l’éducation civique, entre autres.  Elle exige une réforme des mentalités totalement absente de nos enseignements ou de nos actions éducatives. Pourtant, elle demeure vitale pour la compréhension mutuelle car permettant que les relations humaines sortent de leur état  barbare d’incompréhension,  en leur extirpant les racines du racisme, de la xénophobie ou du mépris culturel. Néanmoins, pour faire face aux défis du XXIème siècle de cultures hybrides, une éducation à la multiculturalité semble essentielle dans un univers façonné par de vastes migrations de population, une imbrication ethnique, linguistique et religieuse continue.

Dès lors, ne devrions pas  promouvoir un fonds commun de valeurs et définir des objectifs partagés par tous dans les programmes destinés aux enfants et  aux jeunes. Un consensus préalable est cependant nécessaire pour définir les principes  d’une éthique globale de la compréhension planétaire  établissant des normes de comportement pour les individus et pour les groupes :

- pour que l'on inculque aux enfants et aux jeunes le sens de l'ouverture et de la compréhension à l'égard des autres peuples, de leurs cultures et de leurs histoires différentes, et de leur sentiment d’appartenance fondamentale à notre commune humanité;

- pour qu'on leur apprenne combien il est important de refuser la violence et

d'employer des moyens pacifiques pour résoudre les désaccords et les conflits;

- pour que l'on inculque aux jeunes générations des sentiments de l'altruisme, de

l'ouverture aux autres et du respect d'autrui, de la solidarité et du partage fondé sur la confiance en sa propre identité et sur la capacité de son appartenance à l'espèce humaine dans différents contextes culturels et sociaux.

Nécessité d’engagement au service des valeurs

*Tous ces programmes éducatifs devraient se fonder sur des principes écologiques fondamentaux, préalable d’un comportement individuel et collectif, car les interactions continues entre les facteurs biologiques et culturels sont décisives pour la santé humaine et pour  assumer une communauté de destin planétaire.

Les objectifs précités pourraient être définis comme suit :

-Identification des bases éthiques globales (apprendre à être, apprendre à vivre, à partager, à communiquer, à communier en tant que Citoyen du monde ou de la terre);

-Détermination d’un but commun de la gestion des ressources naturelles et de l’organisation sociale ;

-Création de symboles et d’images de convivialité qui ouvrirait un nouvel espace culturel à l’essor des arts, du patrimoine culturel et naturel et de la créativité collective ;

-Promotion de la créativité des enfants et des jeunes en vue de la conception d’une culture globale, qu’ils pourraient aider à façonner en leur qualité de Citoyens du monde et pour les générations du futur.

Comment apprendre à vivre ensemble en paix.

Dans les régions aux prises avec la difficile coexistence des communautés de pluralisme philosophique et spirituel ou d’ethnies différentes, le défi d’apprendre à vivre ensemble est un combat incessant pour la paix. Seule l’éducation permettrait à chacun de mieux se connaître et de se développer.

Dans ce cadre précis, le mouvement EEDF peut aider les jeunes et les enfants à s’investir dans une action incessante pour la paix et à participer à la lutte contre l’exclusion sociale et la pauvreté.

L’engagement des jeunes vis-à-vis du respect de l’environnement culturel, de la diversité humaine et des liens entre l’éducation à la paix et à l’interculturel mériterait d’être proclamé dans une déclaration à l’usage des jeunes et  matérialisé par un badge ou un diplôme.

Il demeure essentiel de savoir comment former demain des êtres qui soient effectivement des citoyens du monde à part entière. Je participe, donc j'existe; si je ne participe pas comme citoyen à la vie de ma collectivité, je n'existe pas. Et pour exister, pour exercer mes capacités de citoyen du monde, je dois avoir accès à la connaissance. Eduquer, ce n'est pas seulement inculquer du savoir; c'est éveiller ce potentiel énorme de création que chacun d'entre nous recèle, pour lui permettre de s'épanouir et de mieux contribuer à la vie en société.

Peut-être, est -ce dans la construction de la paix que l’éducation trouve son rôle premier, sa justification la plus immédiate et la plus haute. C'est par elle, en effet, que l'enfant apprend à connaître l'autre, à ne pas le haïr, à l'apprécier. C'est par elle, que prennent forme dans l'esprit de l'enfant, les valeurs qui guideront toute sa vie future. C'est par elle, que se précisent et s'acquièrent chez l'enfant les comportements qui seront ceux de l'adulte et détermineront son parcours individuel et social.  Vous qui assurez dans le mouvement EEDF la formation de ces jeunes esprits, attachez-vous à mettre l'accent – dans les programmes d'activités,   sur la connaissance et l'acceptation de la différence, sur les valeurs de tolérance et d'ouverture, sur les comportements de modération, de mesure et de raison qui, s'ils sont intégrés à la formation de nos jeunes, garantiront un avenir paisible. Votre mission à cet égard est déterminante, car vous avez affaire à l'adolescence, âge merveilleux et terrible où tout paraît possible, où la réflexion se développe, où le désarroi fait des ravages, mais où la générosité s'élève. Quel meilleur terreau où planter les semences de la paix ? Enseigner la compréhension, la conscience d’être solidaires, n’est ce pas une des finalités de l’éducation non formelle.

Obstacles à la diversité culturelle et au vivre ensemble

Plusieurs obstacles pourraient jalonner son chemin : la violence, l’intolérance, les préjugés, le racisme, la xénophobie, la mauvaise transmission de l’information, le malentendu ou le non entendu.

- incompréhension des valeurs impératives : non respect des anciens, des usages, des croyances, de certaines valeurs telles que l’ignorance des rites et des coutumes d’antan.

- incompréhension des valeurs éthiques, vision différente du monde, (égocentrisme, ethnocentrisme ou sociocentrisme).

Objectifs stratégiques

Le mouvement EEDF souhaitera t-il définir des objectifs stratégiques et encourager l’adoption de méthodes nouvelles pour améliorer la qualité de l’éducation à la paix : les actions envisagées  pour promouvoir cette éducation devraient tendre vers un juste équilibre entre les résultats et les contenus et s’inscrire dans une optique holistique à travers :

- l’éducation aux valeurs et l’éducation civique aux fins du respect des droits de l’Homme et de la démocratie, de la paix, des valeurs universellement partagées comme la citoyenneté, la tolérance, la solidarité, la non-violence, la participation, et la compréhension interculturelle

la coopération avec d’autres associations, pour des rencontres ou des chantiers de développement communautaire dans le cadre de dialogue fécond de cultures et de civilisations ;

- l’introduction de programmes novateurs en fonction des spécificités régionales et des besoins socioculturels ;

- l’augmentation des capacités de renouvellement des programmes et  révision de la structure, des méthodes et du contenu du système éducatif du mouvement ;

- l’élaboration de manuels servant de guide pour les enfants, les jeunes et les adultes du mouvement ;

- l’amélioration des ressources humaines et matérielles ;

- et l’organisation de réunions périodiques d’évaluation et des sessions de formation pour les responsables.

Dans la perspective de vos réflexions, j'ai voulu également insister sur l'importance de l’éducation à la paix et à l’interculturalité face aux multiples liens entre cette mission et les changements de toute nature – politiques, économiques, sociales, démographiques, écologiques- qui s’opèrent à l’échelle du monde et qui impactent l’avenir des enfants, des jeunes et des générations futures. De leur capacité de discernement, à l'abri des influences extérieures; de leur créativité; de leur volonté d'agir à contre-courant des intérêts à court terme , naîtra sans doute la personne responsable, autonome, engagée et solidaire. Elle dépendra de leur capacité à être, à connaître, à partager, à se révolter et à ne pas accepter l'inacceptable, à défendre toujours leur vie, à ne jamais utiliser la force - et c'est à tous les éducateurs que nous sommes,  qu'il incombe de dispenser l'éducation à la paix préparant à un avenir moins inégalitaire et  plus humain.

Il ne saurait y avoir d'apprentissage pour l'avenir sans éducation pour l'avenir. Et il nous faut pour cela être les vigies, les sentinelles de l'aube du Deuxième centenaire du scoutisme. Comme il y a de cela un siècle, du temps de Nicolas Benoit, de Georges Bertier, du Pasteur Georges Gallienne etc., il nous faut continuer à  éduquer par l'exemple.

Merci beaucoup.

Malick M'Baye

Malick M'Baye est entré aux E.D.F. à la rentrée scolaire 1956-1957 au Sénégal. Successivement Chef de meute, Commissaire régional, Commissaire national puis Instructeur international, breveté de Cappy et de Giilwell. A milité à Toulouse dans l'équipe régionale louveteaux et a participé à l'encadrement de Camps-école. Membre de l'AAEE à ses débuts dans le Sud-Ouest, avec Paul Mérimée, Georges Berducou, Ariane Siart,... Récipiendaire du Loup de Bronze, en 1999.
De 1978 à 1983, ancien assistant à l'Université de Toulouse II et chercheur au CNRS. De mai 1983 à juin 2011, fonctionnaire international, spécialiste des programmes jeunesse, culture et  développement ; secrétaire général honoraire auprès de la Direction générale de l'UNESCO.

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