1911-1916 : et voici les débuts du groupe de Troyes…

Dim31Mai202009:53

1911-1916 : et voici les débuts du groupe de Troyes…

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… racontés par un « ancien », Jean-Paul Widmer, avec plein de souvenirs et de documents

 

AVANT-PROPOS : ce récit a l’ambition, à terme, de retracer le parcours du groupe des Éclaireurs de France de Troyes qui est né en 1911 et qui fonctionne aujourd’hui encore, sans arrêt, y compris pendant les deux guerres mondiales.

 

Créée en 1911 de la volonté d’un officier en garnison à Troyes qui avait eu connaissance en Angleterre de la méthode scoute de Baden Powell, « la troupe de Boy-scouts français de Troyes » s’est affiliée rapidement à la Fédération des Éclaireurs de France de Nicolas Benoît. Rapidement la troupe comporte une cinquantaine d’« éclaireurs » qui vont se trouver pris dans les prémices puis les conséquences de la Grande Guerre qui a lieu à leur porte. Ils vont alors jouer un rôle particulièrement important et reconnu dans la cité troyenne.

(Ce récit s’appuie sur des faits réels et vérifiés. Seule la mise en scène sort de l’imagination de Chevreau, l’auteur de ce texte, en particulier le fait que le jeune Jacques, qui est censé en être le narrateur, reste toujours âgé de 14 ans.)

 


 

Tout commence en ce mois de mars 1911.

Je suis chez moi à Troyes. Je suis en train de lire « Cinq semaines en ballon » de Jules Verne, un écrivain qui est décédé depuis peu. Je suis passionné par ce récit d’aventures car j’ai 14 ans et je me vois avec le docteur Ferguson, Joe et Dick dans la nacelle de ce ballon survolant le lac Victoria.

Je suis tiré de ma rêverie par la sonnette d’entrée de notre maison. Qui peut bien venir en cette fin d’après-midi ?

En garçon bien élevé je ne bouge pas de ma chambre mais j’entends parler de « capitaine », « d’éducation nationale de la jeunesse française », de « boy-scouts »…

Ne me sentant pas concerné par ces discussions d’adultes, j’allais replonger dans mon livre quand j’entends mon père qui m’appelle : « Jacques tu veux bien descendre ! nous avons des choses à te dire »… C’est ainsi que je me retrouve en compagnie d’un homme qui se présente à moi comme étant le capitaine Brunet officier au 1er bataillon de chasseurs à pied basé à la caserne Beurnonville à Troyes. Il nous explique qu’il a effectué plusieurs séjours à Londres durant lesquels il a entendu parler d’un certain général Baden-Powell qui a créé une organisation de « Boy-scouts » dont le but est de compléter l’instruction donnée aux jeunes gens dans les collèges et les lycées par une éducation virile qui puisse développer le caractère, un véritable patriotisme et la capacité de s’adapter aux circonstances.

Il précise qu’à Londres, il a rencontré de nombreux officiers français eux aussi séduits par la réalisation de Baden-Powell et prêts à lancer un projet similaire en France. Il cite en particulier le lieutenant de vaisseau Nicolas Benoît avec lequel il est en relation.

Il a en fait l’intention de monter une « troupe de boy-scouts français » à Troyes et il souhaite savoir si, avec l’autorisation de mon père, je serais disposé à participer à ce projet.

Il me précise que cette éducation se fera essentiellement sous forme de jeux ou de compétitions en extérieur. Ces activités auront pour but d’exciter l’émulation des jeunes et leur imagination tout en développant leur sens de l’initiative et leur sentiment de responsabilité. En plus il a l’intention d’organiser pendant les vacances des camps sous la tente pendant plusieurs jours.

Je suis conquis !

Il faut dire qu’il n’existe pas beaucoup d’activités organisées pour les jeunes. Pour éviter de me retrouver dehors avec des copains sans objectif particulier je me suis réfugié dans les livres mais j’ai besoin de me dépenser physiquement et ce militaire semble pouvoir m’en donner l’occasion.

Mon père ne me parait pas aussi enthousiaste !

Il parle des « bataillons scolaires » qui firent leur apparition dans les écoles publiques dans les années 1880. Ils avaient pour objectif de former les jeunes garçons aux pratiques militaires en plus de l’éducation morale inculquée par ailleurs : tout cela dans un contexte de revanche après la défaite de 1870. Il craint que la proposition du capitaine Brunet soit de la même veine et que le résultat dix ans après soit identique ; son abandon car il y a heureusement un monde entre les activités des enfants et celles des soldats.

Le capitaine en convient tout à fait et indique qu’il y a une différence fondamentale entre ces deux concepts.

Le premier (les bataillons scolaires) impose une activité militaire aux enfants.

Le second (les boy-scouts) met l’enfant en avant en incitant à développer ses capacités personnelles afin qu’il puisse réaliser, avec les autres, des objectifs communs au groupe. Il s‘agit d’une formation humaniste.

Pour nous en persuader, il nous explique que Baden Powell a en réalité adapté une idée géniale d’un philanthrope américain Thomson Seton qui a réussi à changer une bande de garnements en une association de garçons obéissants, fraternels et serviables en transformant progressivement et avec leur collaboration, les « lois » de la bande en un code d’honneur.

Il précise par ailleurs que s’il arrive à recruter une trentaine de jeunes, il créera un groupe sous le nom de « Boy-scouts troyens » qui adhèrera à la Ligue d’éducation nationale que Pierre de Coubertin vient de fonder à La Sorbonne et qui comprend une branche appelée « Éclaireurs Français ».

Rassuré sur les objectifs du projet du capitaine Brunet, mon père se tourne vers moi : « Alors ? Qu’en penses-tu ? »

Je confirme que je suis enthousiasmé par cette proposition et rendez-vous est pris pour une première réunion au domicile du capitaine dans lequel va être installé le local des éclaireurs à Troyes à proximité du Temple protestant.

C’est ainsi que je me retrouve avec une vingtaine de jeunes de 13 à 18 ans quelques semaines plus tard à notre première réunion de « troupe ». C’est en effet la dénomination que le capitaine Brunet donne à notre groupe d’ « éclaireurs ». Il nous explique ce choix du terme « éclaireur » préféré à celui de « scout ».

Voyez-vous ! de longues discussions ont eu lieu entre ceux qui ont envisagé d’appliquer en France le modèle éducatif mis au point par B.P. en Angleterre après l’avoir expérimenté en Afrique du Sud. Pour ma part je considère qu’éclaireur est un mot français qui correspond tout à fait à ce que B.P. attendait de ses scouts. Dans une armée c’est un soldat particulièrement hardi et intelligent qui part en reconnaissance pour informer et guider. Dans la vie de tous les jours c’est une personne qui a su développer son esprit d’initiative et son sentiment de responsabilité pour devenir un exemple au service de la patrie.

La troupe est formée de « patrouilles » de 3 à 8 éclaireurs ayant si possible le même âge. Chacune a à sa tête le plus digne de ceux qui la composent : c’est le « chef de patrouille » choisi par le chef de troupe pour ses aptitudes et son caractère. Pour ce qui me concerne je me retrouve dans la patrouille des chamois avec un grand de 17 ans comme responsable et avec quatre autres jeunes de mon âge.

Le capitaine Brunet nous précise que nous allons devoir porter un uniforme* ainsi composé :

-   Chapeau en feutre avec jugulaire, bords plats, couleur kaki.

-   Foulard en coton d’une couleur différente selon les patrouilles

-   Chemise en flanelle grise, portant deux poches de chaque côté

-   Culotte dite de course, non serrée du genou, en serge bleue

-   Bas marron

-   Souliers de marche

-   Ceinture en cuir à laquelle est attaché un couteau

-   Bâton de 1m90 de haut et de 0m,04 de diamètre, gradué en décimètres et demi-décimètres

-   Havresac en toile brune

L’uniforme est au minimum : le chapeau, le foulard, le bâton, le havresac et le couteau.

Rapidement je vais comprendre que le bâton est l’ustensile indispensable à l’éclaireur. Il est utilisé constamment : dans la marche, pour freiner dans une descente, pour faire passer un mur avec l’aide d’un autre éclaireur et de son bâton, pour marcher la nuit en se reliant les uns aux autres par l’intermédiaire des bâtons, au camp pour transporter les vaches à eau, pour le secourisme en utilisant deux bâtons et des vêtements pour faire un brancard, pour la gymnastique, pour faire des mesures et en particulier des estimations de hauteur en utilisant le principe du théorème de Pythagore, pour établir un système de barrières dans le cadre d’un service d’ordre, pour tracer un cercle sur le sol…

Le chef de troupe nous remet à chacun un foulard qui va être pendant plusieurs mois notre seul uniforme pour nous distinguer. En effet nous devons trouver par nous-mêmes les moyens financiers qui vont permettre à la troupe de se procurer le reste des uniformes et aussi de contribuer aux dépenses courantes. Chaque patrouille est autonome pour ce faire et devra remettre les fonds obtenus dans la caisse de la troupe. Cette première action est prioritaire et elle doit avoir un second objectif : nous faire connaître dans la ville.

Nous sommes très motivés par ce projet et lors de notre première réunion de patrouille, après avoir défini notre « cri de patrouille » que nous pousserons au moment des rassemblements, nous allons proposer des idées qui vont être débattues pour récolter l’argent nécessaire à la réussite de notre projet.

Les idées fusent :

Cueillette de fruits chez les agriculteurs

Scier du bois et le ranger dans les appentis

Déblayer la neige autour des maisons

Faire des courses

Aider au jardinage

Récupérer des vieux journaux, des vieux métaux pour les monnayer auprès des chiffonniers

Aider à la décoration des rues lors des fêtes publiques, disposer des chaises, installer des estrades…

Dans le mois qui suivit, nous nous sommes réunis deux fois par semaine chez le Capitaine Brunet qui va nous expliquer ce qu’il attend de nous, ce que devront être nos objectifs. Je constate rapidement qu’une certaine discipline militaire est présente mais à chaque fois il nous indique les raisons et les motifs des directives en mettant en avant la nécessité d’avoir entre nous une vie harmonieuse. Ce que j’apprécie surtout est qu’il nous demande notre avis sur les modalités d’application et ce n’est qu’après une discussion qu’elles sont fixées. En fait il nous invite à une discipline librement consentie que je nommerai la mise en œuvre de « règles de vie » qui sont encadrées par le « Code des Eclaireurs * »

1 / La parole d’un Éclaireur est sacrée. Il met son honneur au-dessus de toutes choses, au-dessus de sa propre vie.

2 / L’Éclaireur est loyal vis-à-vis de ses amis, de ses maîtres, de ses parents et les défend envers et contre tous.

3 / L’Éclaireur doit être toujours prêt à se porter à l’aide des faibles, à tenter un sauvetage, même au péril de sa vie.

4 / L’Éclaireur doit faire chaque jour une bonne action (B.A.) envers quelqu’un. Cette action peut être très simple comme d’aider une femme ou un vieillard à porter un fardeau, ou prendre la défense d’un être faible en butte à la méchanceté des autres. L’essentiel est que l’Éclaireur s’impose l’obligation rigoureuse de la B.A. quotidienne. Un bon moyen de matérialiser cette obligation est par exemple de faire le matin au lever un nœud au mouchoir de cou et de ne défaire ce nœud qu’une fois la bonne action accomplie.

5 / L’Éclaireur aime les animaux et s’oppose énergiquement à toute cruauté à leur égard.

6 / L’Éclaireur s’efforce d’être toujours joyeux et enthousiaste et de chercher le bon côté de chaque chose.

7 / L’Éclaireur est un homme d’initiative. Il recherche en toute occasion la meilleure chose à faire et la fait même si on ne la lui a pas commandée.

8 / l’Éclaireur doit comprendre que la discipline et l’ordre sont nécessaires en toutes choses pour que les efforts ne soient pas perdus. Il obéira donc joyeusement aux ordres de ses chefs (parents, patrons, professeurs ou chef de troupe). Il n’en ressentira aucune humiliation, car il verra dans cette discipline l’occasion de servir la communauté dont il fait partie et d’apprendre à devenir maître de lui-même dans les petites choses et dans les grandes.

Rapidement notre « instruction » va avoir lieu en plein air à la campagne. Je suis enchanté d’apprendre comment camper et bivouaquer, comment installer une tente en utilisant nos bâtons individuels et une bâche, comment construire un abri, une hutte, comment faire du feu et cuire des aliments.

Nous apprenons aussi la topographie, comment se repérer sur une carte, comment l’orienter avec une boussole, comment trouver sur la carte un site particulier et s'y rendre à travers bois et champs à l’aide de la boussole.

Je suis très bon en observation. Lorsque nous nous déplaçons il arrive que notre chef nous arrête et nous demande si nous pouvons lui décrire la dernière maison devant laquelle nous venons de passer. Et là je suis champion pour me souvenir du nombre de fenêtres, lesquelles étaient ouvertes lesquelles étaient fermées et si le propriétaire devant sa porte fumait une cigarette ou la pipe…

C’est ainsi que je vais passer au bout de quelques semaines de « novice » à « 2e classe » après avoir satisfait à un examen qui consistait à :

-   Parcourir 2 km en 15 minutes

-   Disposer et allumer un feu en plein vent sans user plus de deux allumettes

-   Savoir lire la boussole

-   Savoir trouver le nord par le soleil ou l’étoile polaire.

La ville de Troyes vit au rythme du 1er régiment de chasseurs qui participe au développement de l’élan patriotique de la population qui se presse tous les jeudis soirs sur la place de la Préfecture pour écouter la musique militaire du régiment. Je sens bien qu’il se passe quelque chose d’important. Nos chefs nous font comprendre que nous aurons certainement un rôle important à assumer dans les années à venir et que nous devons nous y préparer avec détermination.

Mais si je mets à part l’application sérieuse et stricte de règles concernant le respect que nous devons à nos parents, à nos professeurs et à nos chefs, je trouve qu’aux éclaireurs nous nous amusons beaucoup. Tout est sujet à l’organisation de jeux qui nous mettent en compétition les uns avec les autres ou équipes contre équipes. Ces jeux sollicitent de notre part des efforts et ils font appel à notre esprit d’initiative ainsi qu’à notre sens des responsabilités sans oublier notre développement physique.

Par ailleurs nous avons droit à des cours très utiles de secourisme donnés par le médecin militaire. Nous apprenons aussi à faire des nœuds de différentes sortes adaptés chacun à une utilisation particulière et à faire des assemblages en bois qui vont nous permettre de créer du mobilier rustique pour nos campements ainsi que de petits ouvrages d’art pour effectuer des franchissements d’obstacles.

Je ne regrette pas d’avoir répondu favorablement à la proposition du capitaine Brunet car après chaque réunion, chaque sortie sur le terrain je sens que je me transforme petit à petit personnellement. J’ai surtout le sentiment que j’appartiens à un groupe qui fait preuve d’un grand esprit de camaraderie. Ceci nous soude et nous rend forts. Nous sommes très fiers, au retour de nos sorties sur le terrain à St Parres, Villechetif, Baires, Ste Maure ou St Julien, de rentrer en ville par l’avenue du 1er Mai en marchant au pas et en rangs par quatre derrière notre clique de six clairons !

Fin 1912 nous sommes une cinquantaine d’éclaireurs et il devient difficile de faire nos réunions au domicile du capitaine Brunet. Le groupe va trouver un vrai local au rez-de-chaussée d’une maison particulière à l’angle des rues Brissonnet et Girardon. Heureusement que nous avons eu cette opportunité car début 1914 le 1er régiment de chasseurs quitte Troyes pour aller à Senones dans le cadre des préparatifs à une guerre que l’on ressent comme inévitable et qui devrait nous permettre de pouvoir récupérer rapidement l’Alsace et la Lorraine. Bien sûr le capitaine Brunet va être obligé de quitter la direction de notre groupe pour pouvoir suivre son unité.


 

Avant de partir il a eu l’opportunité de créer officiellement la « Société des Éclaireurs de Troyes (Boy-scouts troyens) » dont les statuts sont déposés le 15 décembre 1913 à la préfecture de l’Aube. Cette date est donc celle qui officialise la présence d’un scoutisme dans notre département. Bien que ce ne soit pas spécifié dans les statuts, cette société fait partie de la « fédération des Éclaireurs de France (Boy-Scouts français) » dont elle reprend l’objet :

« Provoquer et encourager la création de groupements de « boy-scouts » français dans le but de développer chez les jeunes gens la vigueur et l’adresse physiques, l’initiative, l’esprit de ressource, le courage sous toutes ses formes, le patriotisme, le sentiment de la solidarité, de la responsabilité morale et de l’honneur. » (Journal officiel du 2 décembre 1911). On notera qu’il n’y a aucune référence religieuse.

À l’occasion d’une réunion le capitaine Brunet nous a expliqué qu’il a fait le choix de s’inscrire dans la ligne fixée par le Lieutenant de vaisseau Nicolas Benoît qu’il connait bien et qui a fait paraître un document qui fixe précisément les buts, l’organisation et les méthodes des « Éclaireurs de France ». Cette association a été créée dans le prolongement de celle des « Éclaireurs français » qui reste, elle, dans la Ligue d’Éducation nationale.

Pour nous encadrer, le capitaine Brunet avait formé deux jeunes plus âgés que moi. Ce sont les « chefs » Foloppe et Gouley. Ce sont eux qui vont prendre la direction de la troupe : Foloppe la section des rouges (les plus grands), Gouley la section des bleus (les plus jeunes).

C’est à cette époque que va commencer pour nous une période mouvementée et compliquée.

Il y a d’abord eu, comme je l’ai mentionné précédemment, le déménagement de notre local de chez le capitaine Brunet à la rue Girardon puis le départ du capitaine avec son régiment pour Senones. Mais c’est surtout la déclaration de guerre le 2 Août 1914 et la mobilisation en décembre du chef Foloppe qui vont perturber tout notre groupe. Car même si nous sommes persuadés que cette situation ne va durer que quelques mois au plus, le départ successif de nos deux principaux chefs ainsi que la situation militaire nous interpellent.

Sous la direction du chef René Gouley nous continuons plus que jamais nos activités. Les plus anciens veulent s’engager mais les autorités militaires refusent. Les nouvelles du front sont mauvaises. Tout le monde craint à présent l’invasion de troupes du Reich. Six d’entre nous décident malgré tout de partir rejoindre notre armée sans autorisation. Ils assistent à la bataille de la Marne et y participent en aidant le service de santé à évacuer les blessés. Grâce à l’action héroïque de nos armées et au sacrifice de nombreux de nos vaillants soldats, l’invasion est jugulée. Nos camarades, bien que leur action ait été très appréciée, n’ont pas réussi à se faire enrôler. Ils reviennent à Troyes en nous faisant part de ce qu’ils ont vu et vécu. Ce ne sont plus les mêmes que lorsqu’ils sont partis et nous voyons bien qu’ils ne nous disent pas tout… Et s’ils nous montrent avec fierté quelques trophées rapportés (casques à pointe, effets et armes allemandes) nous sentons bien que l’exaltation patriotique d’avant-guerre a disparu.

Pendant cette période, ceux qui sont restés à Troyes vont se rendre utiles aux autorités militaires et civiles en effectuant le portage de messages officiels ainsi qu’à la population en faisant fonction de plantons en uniforme à la gare, à la poste, dans les hôpitaux pour renseigner le public. Ils aident aussi les services sociaux à la gare pour accueillir les blessés et les réfugiés. À cette époque la ville de Troyes est une base arrière très importante à quelques cent kilomètres du front.

La France s’installe dans la guerre et les improvisations des premiers mois qui nous ont permis de mettre en valeur notre disponibilité et notre envie de rendre service vont faire place à une véritable organisation menée par les services officiels. Ceci nous permet de reprendre nos activités scoutes qui mélangent formation militaire et jeux.

C’est ainsi que par exemple le 25 avril 1915 nous avons effectué une sortie qui est relatée ainsi dans le premier numéro de notre journal interne paru le 23 mai 1915 : « LE SCOUT TROYEN bulletin bimensuel de la Section de Troyes des Éclaireurs de France » :

« But : Mont Bel-Air. Chemin parcouru : environ 25 km. Une vingtaine d’Éclaireurs seulement étaient présents. Le temps douteux le matin fut très clément à part une légère ondée de cinq minutes le tantôt.

Départ à sept heures. Halte de 10 minutes à La Vallotte. À Ste Maure, après un court arrêt, 4 rouges partent en avant avec l’instructeur pour être établis en sentinelles dans les sapins à l’ouest de la ferme (distante de 7 km) dans un rayon de 200 mètres. Vingt minutes après, les Bleus partent pour traverser cette ligne sans se faire voir. À 10 h ½ limite fixée le rassemblement est sonné. L’exercice plutôt que manœuvre est terminé. La critique est faite sur le champ.

Récréation jusqu’à 11 h ½ moment où les préparatifs du déjeuner commencent. A 1 h ½, les Éclaireurs vont faire un tour dans le bois, s’arrêtent devant un point trigonométrique, puis commencent une cabane en branchages de sapins et de genévriers que le manque de temps empêchera de terminer. Le retour s’effectue gaiement et à 6 heures la Troupe est à Troyes.

Il est à remarquer que les Éclaireurs se sont beaucoup plus amusés que les autres fois la discipline ayant été meilleure. »

Après nos réunions du jeudi et nos sorties du dimanche nous participons à des collectes au profit des prisonniers français en Allemagne et aussi des réfugiés ou des blessés. En janvier 1915 la Caisse d’Épargne a organisé sous le patronage des autorités départementales et locales une immense collecte en faveur des victimes de la guerre. Nous y avons participé très activement et très efficacement. En témoignage de reconnaissance pour cette action, mais aussi pour nos nombreuses participations à des manifestations patriotiques, le conseil des directeurs présidé par monsieur Denizot a décidé de doter les Éclaireurs de Troyes d’un drapeau tricolore !

Ce superbe emblème nous a été remis lors d’une cérémonie grandiose qui a eu lieu le 30 mai 1915 dans la cour de l’Hôtel de la Caisse d’Épargne. Elle a été relatée dans le numéro 2 de notre journal.

(à reprendre les pages IMGP0553 554 555 560) à mettre éventuellement en annexe

Cette cérémonie nous a vraiment marqués. Elle nous montre combien nous avons réussi à nous intégrer dans la cité, en particulier grâce à l’action de nos chefs qui n’hésitent pas à nous demander des efforts, de la rigueur, une certaine discipline et, si nécessaire, à renvoyer les éléments perturbateurs et non motivés.

Dans chaque numéro de notre journal « LE SCOUT TROYEN », sont cités ceux qui « ont une bonne conduite et montrent beaucoup de bonne volonté ». A contrario des amendes sont infligées à ceux qui ne peuvent « se corriger d’arriver en retard ou de ne pas prévenir en cas d’absence » ainsi que dans le cas « d’oubli de matériel ». Quant aux « éclaireurs bruyants pendant les exercices ou en retard aux rassemblements » ils doivent verser « 1 sou au profit des blessés » de la guerre.

Cette intégration dans la cité nous la devons aussi à l’activité des membres du Comité qui dirige notre Société des Éclaireurs de Troyes. Avant la guerre c’est monsieur Lenhoff qui le préside mais il a été rapidement mobilisé comme « garde-voie » d’abord à Lusigny puis en Champagne. De ce fait il a dû laisser sa place au commandant de gendarmerie Guyot qui vient nous rencontrer très fréquemment lors de nos activités sur le terrain. Le vice-président est monsieur Héliard, le trésorier monsieur Lefèvre et le secrétaire monsieur Étienne Garnier. Ce dernier est lui aussi très actif. Il a en particulier en charge la rédaction en chef de notre journal qui de local va rapidement devenir national.

Nous pouvons compter par ailleurs sur l’aide de nombreux adultes sympathisants. C’est ainsi que monsieur le Proviseur du lycée a mis à notre disposition le stade de l’établissement situé sur la route de St Parres aux Tertres. De même après que nous ayons dû quitter notre local de la rue Girardon, monsieur Guyot a obtenu d’un de ses amis, monsieur Michaud, que nous puissions utiliser son manège d’équitation et ses dépendances pour y stocker notre matériel et y pratiquer des activités à l’abri des intempéries. C’est ainsi également que madame Lorimy nous a prêté des salles de sa résidence au 10 Place de la Préfecture pour y tenir nos réunions et surtout y installer notre siège social.

Comme on le voit cette année 1915 peut être considérée comme une année faste pour les 50 à 60 éclaireurs de notre groupe. En effet après un début de guerre particulièrement éprouvant pour notre groupe avec tout d’abord le décès de celui qui fût notre premier chef, le capitaine Brunet, le 25 août 1914 à la suite de très graves blessures puis le décès le 18 décembre du lieutenant de vaisseau Nicolas Benoît qui a fondé les Éclaireurs de France, il a fallu faire face au départ du chef Follope mobilisé en décembre 2014 ainsi qu’à celui du président de notre comité.

Voilà, la guerre fait partie de notre quotidien mais elle nous donne l’occasion de mettre en avant notre disponibilité pour les autres et ainsi d’être reconnus comme tel. Dans le cadre de nos activités scoutes nous sommes très motivés car nous savons que nos chefs souhaitent nous donner un maximum d’atouts pour réussir (et éventuellement survivre) dans la vie difficile qui nous attend. Nous savons aussi que nous devons à notre niveau, à notre place, participer activement à la victoire de notre patrie.

Heureusement tout n’est pas que tristesse et morosité. Toutes nos sorties sur le terrain se terminent par la confection et la dégustation sur place d’un excellent café. Ensuite lorsque nous nous retrouvons au manège d’équitation notre joie est grande de pouvoir faire des galipettes dans l’épaisse couche de sciure de celui-ci et de pouvoir utiliser les barres parallèles, les anneaux ou la corde lisse. Nous sommes moins fiers quand monsieur Michaud tente de nous inculquer quelques notions d’équitation… Et puis il y a les séances à la piscine où nous apprenons à nager. Et les places de cinéma qui sont offertes tous les mercredis aux scouts méritants par madame Gérard propriétaire du cinéma Pathé.

Nous avons aussi commencé à apprendre le Morse pour communiquer à distance. Des indications précises nous ont été données dans le premier numéro du 23 mai 1915 de notre journal :

« Les appareils optiques allant être employés sous peu, les Éclaireurs devront se dépêcher d’apprendre le Morse s’ils veulent y trouver un intérêt. L’étude du Morse est bien moins difficile que la plupart se le figurent. Le meilleur moyen, croyons-nous, d’arriver à de rapides résultats est de n’adopter aucune méthode précise et de se baser sur le principe que le Morse ne s’enseigne pas, il s’étudie. (Suivent quelques conseils pour trouver des moyens mnémotechniques propres à chacun) En étudiant le Morse le soir on obtient un plus grand profit. Au moment de se coucher on passe cinq minutes à faire des remarques sur 8 ou 9 lettres et en s’endormant on s’exerce à les répéter. Le lendemain en se levant on essaye de se les rappeler. Le soir suivant on prend huit nouvelles lettres et on repasse celles de la veille. On arrive ainsi par un travail de cinq à six minutes par jour à connaitre totalement le Morse en une semaine (…) L’étude du Morse ainsi faite, sans peine, a l’avantage de n’être ni longue ni aride et de présenter un certain attrait. »

Mais le plus intéressant a été l’arrivée de sept tentes dont la confection a été commandée par le Comité. Elles ont été présentées lors de la réunion sportive organisée par la municipalité le 14 juillet 1915 et à laquelle prirent part les sociétés locales. Nous étions très fiers de pouvoir montrer cet équipement tout neuf qui allait nous permettre d’effectuer notre premier véritable camp scout autour du 15 août suivant sous la direction du chef René Gouley, sur un terrain à St Germain mis à notre disposition par madame Raguet.

Ce camp de trois jours (deux nuits sous tente) a été une grande réussite. Nous en gardons tous un excellent souvenir et les parents qui sont venus le visiter ont manifesté leur contentement. Ils ont pu en porter témoignage aux autres.

Cette année 1915 représente pour moi, Jacques, la consécration de l’activité des « Boy-Scouts » dans la cité. Cela a pour corollaire l’arrivée importante de jeunes gens dans notre groupe qui compte maintenant quelque 60 membres.

Je me dois à présent de vous relater l’action, au cours de cette année 1915, d’un petit groupe d’éclaireurs âgés de 14 à 17 ans qui, pendant les vacances de Pâques et les vacances d’été, sont allés « explorer » une partie du territoire français envahi par les Allemands en 1914 et repris par les Français à la suite de la célèbre bataille de la Marne.

J’ai été particulièrement impressionné par le rapport qu’ils nous en ont fait et surtout par les photos qu’ils nous ont montrées.

Emmené par Jean Brijon (16 ans), un premier groupe de trois boy-scouts (avec Joseph Mayol et Robert Desgardins) est parti à vélo les 6, 7 et 8 avril pour visiter les champs de bataille de la Marne. Muni chacun d’un « Sauf-Conduit » délivré par le Commissaire central de Troyes, ils étaient autorisés à se rendre à Montmirail. Ils sont partis en tenue de boy-scout, à 6 h 30, le 6 avril 1915. Après une première journée qui les a conduits de Troyes à Anglure et Sézanne dans le département de la Marne à travers la Champagne qui avait été sauvée de l’envahissement allemand grâce à l’héroïsme de nos armées, mes intrépides camarades ont pénétré dans la zone des combats qui ont permis la stabilisation du front le long de la Marne.

À l’est de Sézanne, tous les villages sont détruits. Les photos sont saisissantes. Les récits de ceux qui ont vécu ce cauchemar également. Car mes camarades ont questionné des habitants de cette zone dévastée et Jean Brijon en a relaté les récits dans son carnet de route. Ils ont trouvé de nombreuses tombes de soldats français mais aussi allemands disséminées le long de leur parcours tant et si bien qu’ils se sont refusés à utiliser l’eau des ruisseaux pour se laver car ils considéraient qu’elle avait nécessairement dû ruisseler sur des ossements humains et des carcasses d’animaux qui jonchaient partout le sol.

Ils ont visité également des tranchées où ils ont trouvé du matériel militaire (cartouchières, balles bottes, boîtes de chargeurs…). Ils sont parfois survolés par des avions français et allemands avec toujours, jour et nuit, le bruit des canons à l’est. Ils vont ainsi visiter Connantre, Fère-Champenoise, Mailly-le-Camp.

Mais voilà, ils vont être trahis par leur matériel car, une à une, chacune de leurs bicyclettes va tomber en panne. Malgré des réparations astucieuses, ils vont être contraints de finir le trajet de retour depuis Mailly- le-Camp jusqu’à Troyes par le train en se promettant de repartir aux grandes vacances.

C’est ce que vont faire mes trois intrépides compagnons avec un quatrième éclaireurs en la personne de Marceau Boisseau, clairon à la clique de la troupe. Ils vont partir à vélo le mercredi 4 août en direction de Méry-sur-Seine en emportant cette fois une tente 4 places qui leur avait bien manqué au cours de leur première expédition.

La seconde étape les emmène à Sézanne puis à Montmirail qui n’a que peu souffert de l’avancée allemande en 1914. Dès le lendemain entre La Ferté-sous-Jouarre et Meaux, ils découvrent une tranchée avec ses nombreux boyaux et ses chambres souterraines. À cet endroit ce sont les Anglais qui se sont battus pour repousser l’envahisseur allemand. Le soir alors que le canon tonne toujours en direction de Soissons, ils sont hébergés par un régiment d’artillerie qui est stationné là dans l’éventualité où les allemands auraient l’intention de faire une nouvelle percée vers l’ouest. Mes camarades sont très bien accueillis et ont même la possibilité de prendre une douche certes très rustique mais bienvenue !

Sur le conseil de leurs hôtes militaires, ils vont le lendemain visiter des zones sur lesquelles les combats ont été intenses : Etrepilly, Barcy, Château-Thierry. Ils constatent les destructions de villages entiers ainsi que les préparatifs réalisés pour faire face à un retour éventuel de l’ennemi. Revenus à Château-Thierry, ils y passent la nuit et partent le lendemain matin pour Épernay qui est périodiquement bombardée. Ils sont sur la ligne de front et ne peuvent aller plus à l’est, d’autant plus que les bicyclettes commencent à présenter des problèmes mécaniques sérieux. Ils décident donc de prendre le chemin du retour.

C’est Fère-Champenoise puis Connantre où ils sont passés lors de leur première expédition. Partout le long de la route des tombes, des cimetières et Connantre sert à présent de base arrière pour les régiments. Mes camarades sont invités par les braves poilus qui sont stationnés là avant de repartir au front. Ils vont souper et passer la nuit avec eux, à l’abri pendant un gros orage.

Compte tenu de l’état des vélos ils vont décider de sauter l’étape qui consistait à visiter les champs de batailles de Vitry-le-François et Revigny pour se diriger directement vers Sommesous et Mailly-le-Camp.

La dernière étape Mailly-Troyes (80 km) va être particulièrement éprouvante car il fait très chaud. Le cadre du vélo de Mayol va se casser près d’Arcis-sur-Aube et Il devra terminer en train. Mes trois autres camarades vont arriver totalement épuisés le mardi 10 août tard le soir chez leurs parents avec une journée d’avance sur le programme prévu.

Pour moi jeune éclaireur, ce sont des héros. J’ai pu observer comme ils avaient été transformés par cette aventure. Ils ont mûri. Ils sont devenus des hommes. J’aurais tellement voulu les accompagner et pouvoir écrire comme Jean Brijon l’a écrit à la fin de son carnet de route :

« Je reviens après avoir vécu 7 jours de la vie du troupier de campagne faisant sa popote, couchant sur la paille, veillant durant d’interminables heures dans des granges et ruines au milieu d’une campagne dévastée, surmontant la fatigue, se jouant des difficultés sans nombre qui se dressaient devant notre route.

Cette vie mouvementée, cette vie périlleuse des trappeurs du Far-West, des Cow-boys de la prairie de nos frères, de nos aînés qui, sur les frontières luttent sans trêve et sans repos pour l’indépendance de la France et pour la liberté des peuples, voilà ce qu’il nous faut, à nous les Boy-Scouts, et c’est celle que j’ai rêvé de vivre. »

Pendant l’été 1915 nous allons continuer nos différentes activités envers la population.

Étant plus disponibles puisque nous sommes en période de vacances scolaires, nous pouvons intensifier nos quêtes sur la voie publique et principalement à la gare. Le résultat est remis au Comité d’aide aux prisonniers de guerre.

Des cartes postales imprimées par nos soins sont mises en vente dans les magasins de journaux. Leur produit va être utilisé pour financer des cartes de correspondance militaire qui seront remises aux blessés afin qu’ils puissent prévenir leur famille. Il va permettre également d’acheter 49 passe-montagnes qui seront envoyés sur le front.

Les plus grands vont se mettre à la disposition du Service des blessés à l’hôpital Audiffred où ils vont faire la connaissance d’infirmiers canadiens avec lesquels ils vont sympathiser.

D’autres vont devenir des « cyclistes de liaison » pour des postes militaires.

Malgré tout, nous continuons des activités plus spécifiquement « éclaireurs ». Nous profitons de la période estivale pour apprendre à nager. À ce sujet, des conditions spéciales ont été obtenues aux Bains du mail des Charmilles pour les éclaireurs en groupe le dimanche matin. La Société paie en grande partie la dépense. Les éclaireurs ont tout intérêt à en profiter. L’heure de la réunion est indiquée par la voie des journaux locaux. Les éclaireurs doivent être munis d’une autorisation de leurs parents. Toutes précautions sont prises pour éviter les refroidissements et bains trop prolongés. La « piscine » est un endroit naturel situé dans la Seine, au niveau de Notre-Dame-en l’Isle, formé de trois bassins au bord des berges avec des escaliers qui y ont été creusés pour descendre dans l’eau. Au cours des sorties, dès qu’il y a une possibilité de se baigner, nous mettons en application ce que nous avons appris.

Nous avons aussi une bibliothèque qui a été installée dans notre salle de réunion du 10 de la Place de la Préfecture. Juste à côté nous avons aussi la possibilité de suivre des cours d’anglais à l’Ecole de sténodactylographie de Mme Blandenet. Elle nous fait bénéficier d’un tarif très préférentiel de 10 francs la série de 12 leçons.

Au cours de nos sorties, nos jeux sont en fait très axés sur des situations semblables à celles qui pourraient se présenter en temps de guerre :

Il faut franchir une ligne sans être vu par les sentinelles

Il faut aller se placer à un endroit pour observer comment est protégé un bosquet puis avec son groupe monter une opération pour aller prendre le fanion situé dans le bosquet : il est possible de procéder à des actes de diversion pour réussir.

Il faut construire un passage au-dessus d’une petite rivière…

Nous participons aussi à des actes patriotiques. Ainsi nous avons commémoré la bataille de La Marne le 12 septembre 1915 en allant déposer une gerbe au cimetière et le 2 novembre nous avons déposé une autre gerbe en l’honneur de nos aînés morts pour la Patrie.

Fin septembre le commandant de Gendarmerie Guyot prend officiellement la succession de M. Lenhoff. Le 3 octobre la Troupe s’est rendue, drapeau en tête sur le terrain du lycée. Elle lui est présentée lors d’une cérémonie au cours de laquelle plusieurs nouveaux font leur prestation de serment. À la fin de la cérémonie nous sommes allés voir des canons pris à l’ennemi. Des explications qui m’ont passionné, nous ont été données sur les canons de 105 et 77 et sur des mitrailleuses.

Le « Scout Troyen » dans son éditorial du 5 octobre précise :

« Le Commandant Guyot qui sera le Président actif qui convient à notre troupe, tout en se faisant aimer des Éclaireurs par sa grande bonté, voudra qu’ils se montrent des jeunes gens d’élite et nous pouvons être sûrs que sous sa présidence, la Société ne fera que progresser. »

Ce journal bimensuel a pris, au cours de l’année 1915, le relais du journal du niveau national « L’éclaireur de France » qui a cessé de paraître en août 1914. Ce « ronéo » dupliqué à l’alcool est alors employé par de nombreux Groupes éclaireurs français et aussi étrangers, pour faire passer des informations les concernant. « L’éclaireur de France » va reprendre sa parution en janvier 1916 mais seulement pour la communication du niveau national. Les groupes nationaux vont continuer à utiliser notre journal pour la leur.

La période de fêtes de fin d’année est un peu morose. Mes pensées comme celles de mes camarades vont à ceux qui sont loin de leur famille et à ceux qui ont perdu un être cher du fait de la guerre comme mon ami Maurice Gombaud dont le père Octave a été tué le 6 juin.

Nous allons profiter de ces jours pour apporter quelques soulagements à ceux qui en ont besoin. Un plan d’actions a été bâti le jeudi soir 23. Des tours de garde sont mis en place à la gare pour l’accueil des trains sanitaires. Une souscription est montée pour les blessés. Elle va permettre le jour de Noël d’aller apporter des cigares et des cigarettes au « Dépôt des Éclopés » de St Martin. Des quêtes sont organisées les 25 et 26 pour La Journée des Poilus.

Le 2 janvier lors de la réunion, le commandant Guyot a remis au nom de la section un chronomètre au chef Gouley qui part avec la classe 17.