1980 et la suite : des témoignages de responsables nationaux

Ven19Avr201307:11

1980 et la suite : des témoignages de responsables nationaux


… qui nous racontent leur parcours… et la vie du Mouvement.

 

Pour raconter, illustrer et commenter les dernières décennies, la meilleure solution était, bien évidemment, de demander un témoignage à ceux qui ont eu, et ont encore, la charge de l’animation « nationale » du Mouvement. La plupart se sont bien volontiers prêtés aux jeu, soit par un entretien téléphonique, soit par un document écrit. Tous ont été consultés pour validation et, éventuellement, améliorations d’un « premier jet ». Ce nouveau chapitre décrit donc, à la fois, les parcours de militants et leur action pour le Mouvement.


(Extraits de l'ouvrage « Cent ans de laïcité dans le scoutisme et l'éducation populaire »)



Roland DAVAL


Militant des E.D.F. depuis sa plus tendre jeunesse, Roland Daval a vécu l’histoire de notre Mouvement dans toutes ses étapes. Membre de l’équipe nationale puis délégué général, il a joué un rôle important dans ses instances de direction. Il est actuellement (*) vice-président du Comité Directeur des E.E.D.F..


(*) NDLR : en 2011

Entretien téléphonique complété par écrit


Lorsque Yvon BASTIDE m’a demandé d’apporter une contribution à cet ouvrage porteur de témoignages, à l’occasion du centenaire de notre association, j’ai hésité car je n’ai jamais trop aimé faire des retours en arrière, plutôt passionné par ce qu’il faut construire pour demain. Et puis, en réfléchissant quelque peu, j’ai été conduit à penser qu’une partie de ces 100 ans d’histoire des EEDF avait fortement marqué mon histoire personnelle : presque 50 ans aujourd’hui depuis ma première adhésion en 1962 et 29 années de carrière professionnelle au sein de l’association. Alors j’ai accepté cet entretien téléphonique puis j’ai pris ma plume électronique pour le compléter.


Je suis né en 1947 dans une famille nombreuse ; mon père était contremaître dans une petite usine textile des Hautes-Vosges et, second enfant de la famille, c’est « l’ascenseur social » qui m’a permis de rentrer à l’École Normale d’Instituteurs comme 12 sur 30 des élèves de ma promotion issus du même collège d’enseignement général et ce, afin de pouvoir faire des études gratuites.


C’est à l’É.N. de Mirecourt que j’ai rencontré les Éclaireurs, dans le clan d’un groupe très important : 250 à 300 adhérents, une trentaine de responsables, avec des « activités d’extension » dans un centre médico-pédagogique voisin. La plupart des responsables viennent de l’École Normale dont, dans ma promotion, les 2/3 des élèves militent aux E.D.F. ou aux Francas. Première étape de ce qui allait devenir ma vocation, je me retrouve gestionnaire de la bibliothèque du clan (où chacun doit assurer une responsabilité, c’est la règle de vie !) : charge pas trop lourde puisque cette bibliothèque se réduit à cinq livres quand j’arrive, dix quand je passe la main pour devenir trésorier du clan. Que de belles aventures ! La découverte de la spéléologie, le camping, la vie au plein air et les nuits à la belle étoile… Sans oublier l’implication dans l’équipe des marionnettistes avec de nombreux spectacles que nous présentons dans les écoles du département (École normale oblige !) et, pendant les vacances scolaires et l’été, dans des fêtes organisées par des comités d’entreprise ou dans des colonies de vacances : en 1964, c’est la principale ressource du clan et du groupe, les spectacles nous rapportent 16 000 francs de l’époque ! Certains diront que ce fut sans doute une bonne école pour apprendre à tirer les ficelles : et bien non, dommage ! Pour les connaisseurs ce n’étaient pas des marionnettes à fils mais des marionnettes à gaine.


Progression sur place : membre de l’équipe de groupe, puis responsable du clan, puis adjoint au responsable de groupe, Daniel Creusot, mon grand frère spirituel. Les E.D.F. forment une nouvelle famille, dans laquelle l’É.N. est très impliquée, depuis le directeur jusqu’à l’intendant qui nous nourrit pour les sorties éclés et est le trésorier du groupe. Notre activité apparaît comme tout à fait complémentaire à celle de l’école. Sur le département, l’association est alors très développée grâce à son lien avec l’enseignement.


En 1964, je découvre à Montgeron la dimension nationale du mouvement au Congrès de l’AN II – l’an 2 de la création du nouveau Mouvement des Éclaireuses et Éclaireurs de France. J’accède au niveau départemental en devenant assistant au commissaire départemental pour la « route ». Ma première année d’instituteur se passe dans un établissement des Pupilles de l’École Publique, à proximité de Mirecourt, ce qui me permet de garder le contact avec le groupe. Devenu assistant de branche au niveau régional, je participe à l’organisation de « camps pilotes » et, en 1969, à mon retour du service militaire, Daniel Mougin me propose de lui succéder et de devenir permanent régional Alsace-Lorraine comme « mis à disposition » avec l’accord de René Duphil alors commissaire national en charge de l’administration. Et me voici donc… embarqué pour dix années qui vont s’avérer assez cahotiques pour la vie du Mouvement.


Cette décennie, après mai 68, va être celle du grand « remue méninges ». Je fais partie de ceux qui souhaitent une réflexion sur le fond et une évolution, avec des responsables des régions de Caen, de Paris, du Centre, de Grenoble et la tendance qui va devenir en 1972 « Avignon continue ». Je participe à la Consultation et aux Assises d’Avignon où je suis intéressé, en particulier, par les moyens techniques nouveaux présentés par le CREPAC (une équipe de professionnels licenciés en 1968 par l’ORTF) : j’anime l’équipe chargée de réaliser les reportages vidéo des Assises. Après l’A.G. de1974 à Tours, sollicité par Émile Gagnon, commissaire général, je m’engage dans l’organisation du rassemblement de TOP 76 à Saou dans la Drôme (une aventure où l’on était dans le vent au sens propre comme au sens figuré). Dans cette même période je découvre la dimension internationale de nos activités avec des missions en Pologne, au Mali et en Grande-Bretagne. Dans le même temps la région Alsace-Lorraine où j’exerce mon métier de permanent connaît une forte dégradation de son économie, dans la sidérurgie, les mines ou le textile… Le Mouvement en subit bien évidemment la conséquence avec une diminution des effectifs alors qu’il était bien implanté dans ces zones d’activités de la Moselle et de la Meurthe et Moselle.


En septembre 1979, je suis appelé à l’équipe nationale par Claire Mollet, Paul Plouvier et, bien entendu, François Baize qui allait en devenir le délégué général, occupant pour ma part la fonction de secrétaire général. Aucun rapport avec ma formation d’origine, je dois tout découvrir avec l’aide d’amis, de militants engagés tels que Claude Escalettes et Pierre Lipmann. C’est d’autant plus important que nous sommes dans une période de restructuration financière. Une de mes premières tâches est de renégocier un accord d’entreprise définissant les relations de l’association avec l’ensemble de ses salariés. S’y ajouteront le traitement de quelques dossiers d’investissements difficiles, l’informatisation de l’association…, mais aussi l’acquisition de Bécours : un défi à relever mais une belle promesse d’avenir avec un premier rassemblement réussi de cinq camps successifs de 750 éclés dès l’été 1981. Ce lieu deviendra de plus en plus important car, quelles que soient nos idées ou nos « tendances », nous nous y retrouvons pour agir ensemble, pour reconstruire un village, action à caractère hautement symbolique.


Le redressement financier est notre priorité et oblige à des ventes de patrimoine, au choix d’une banque unique pour l’ensemble des activités de l’association, à une définition des transferts de charges avec les régions – chantiers nouveaux pour moi mais pour lesquels j’ai toujours pu compter sur l’aide précieuse de militants EDDF. Je suis appelé à contribuer à la négociation d’une convention collective, à participer à la création d’un syndicat d’employeurs du secteur associatif (dont je deviendrai d’ailleurs plus tard le président).


Je ne peux pas bien évidemment oublier les grandes manifestations, avec les délégués généraux successifs, François Baize, Bernard Machu, Daniel Auduc, François Daubin… : Bécours 81, le congrès de Mâcon, Navigator et le rassemblement de La Courneuve où nous retrouvons à plus de 6000, TREEC à Montpellier, Mosaïque dans l’Aveyron… Bien sûr, j’en assure la logistique – toujours sans aucun rapport avec ma formation d’origine, j’apprends sur le tas. Ces activités témoignent de la vitalité de notre Mouvement et de sa volonté de se développer et de se montrer ! Le scoutisme apporte certes une continuité éducative, mais il offre également une réelle intensité éducative lors des grandes rencontres de ce genre. Je crois que tous ceux qui ont vécu un de ces temps forts ne peuvent oublier ce moment de leur histoire de vie.


Nouvelle étape avec la Conférence Mondiale de l’O.M.M.S. à Paris en 1990. Devenu délégué général au lendemain de cette conférence, je crée des liens d’amitié avec Jacques Moreillon, secrétaire général de l’O.M.M.S. et notre coopération se prolongera sans problèmes, dans une totale compréhension mutuelle.


Au plan national, nous nous engageons dans un nouveau défi, celui du développement quantitatif et qualitatif de l’association. Les missions des permanents sont alors profondément modifiées afin qu’ils se mobilisent sur la création de groupes nouveaux et un investissement important est réalisé en matière de formation professionnelle. La modification de nos financements par le Ministère de l’Éducation nationale conduit l’association à embaucher des salariés et à voir diminuer le nombre d’enseignants mis à disposition ou détachés. C’est le cas à l’équipe nationale où le « profil » des animateurs nationaux est en train de changer, avec Patrick Volpilhac ou Dominique Girard qui ne sont pas issus de l’enseignement : le problème posé est celui de la contradiction entre une embauche sous contrat à durée indéterminée et le renouvellement d’un poste de délégué général et d’une équipe nationale au rythme des plans d’action du Mouvement (problème que le mouvement n’a pas encore définitivement traité à ce jour).


Dans l’exercice de mes responsabilités nationales j’ai vécu et contribué à trois grands virages que la majeure partie des grandes associations a dû négocier : la gestion économique et financière indispensable pour assurer la pérennité de l’association et lui permettre de disposer des moyens nécessaires à la mise en œuvre de ses projets ; la gestion des salariés au même titre que toute entreprise mais en recherchant l’indispensable équilibre entre bénévoles et salariés dans l’exercice leurs responsabilités respectives et complémentaires ; celui enfin de la communication devant permettre à l’association d’être mieux connue du grand public mais tout autant à chacun des militants de l’association de se reconnaître dans les images et messages véhiculés. Des défis à relever et des expériences passionnantes à vivre.


En dehors – en plus – des EEDF, j’ai également été en tant que bénévole, de 1992 à 1997, président de l’U.C.P.A. qui représente un monde assez différent avec 650 salariés permanents et 3 000 saisonniers, mais aussi trésorier général de la J.P.A.. Ce sont de magnifiques occasions d’exercice de la responsabilité, d’expériences humaines, sociales et professionnelles qui m’ont été offertes par les Éclaireuses et Éclaireurs de France.


En 1998, après dix-huit années à l’équipe nationale dont huit comme délégué général, je passe le flambeau à Dominique Girard. Je m’intéresse au développement international et j’exerce pendant 10 ans des fonctions de direction à l’Association Française des Volontaires du Progrès… Pris par de nouveaux engagements et souhaitant laisser toute la place nécessaire à ceux qui assurent la direction de l’association, je prends du recul sans jamais pour autant quitter l’association dont je reste toujours un des adhérents. Mais les EEDF viendront me rechercher d’abord pour donner un coup de main au contrôle des comptes, puis comme trésorier de la région Île de France. Plus récemment, Jérôme Rigaud qui souhaite se présenter comme président me demande de rejoindre le Comité Directeur en 2008 et j’en deviens vice-président. C’est une période difficile et riche tout à la fois : le changement de délégué général, la préparation des orientations pour les cinq années à venir. C’est une nouvelle aventure vécue avec une autre place et donc un autre regard sur l’association : il est vrai que depuis 1969 je n’avais pas eu l’occasion de m’exprimer avec un bulletin de vote dans l’association !


Mais je garde des activités extérieures, en particulier avec la J.P.A. et le Réseau Éducation Pour Tous Afrique (REPTA) dont j’ai contribué à la création. Aujourd’hui à la retraite, je mets à disposition mon expérience associative en exerçant des missions de consultant auprès de diverses associations en répondant à des demandes des Dispositifs Locaux d’Accompagnement (DLA).


Les EEDF ont contribué largement à faire de moi ce que je suis. J’espère avoir donné autant que j’ai reçu, dans le respect des valeurs qui sont le fondement des EEDF.

En ce qui concerne ces valeurs, je crois qu’elles sont spécifiques à notre Mouvement en combinant laïcité et dimension spirituelle, notre volonté de formation à la démocratie et l’ouverture internationale que permet le scoutisme, le scoutisme lui-même étant un moyen, un excellent outil pédagogique : nous avons su, je crois, collectivement créer un véritable croisement entre scoutisme et valeurs spécifiques ! Cette richesse est d’ailleurs confirmée par l’ensemble des Mouvements pluralistes réunis dans le cadre de la COFASL.

Mais cette richesse, qui repose beaucoup sur l’engagement de nos militants, peut être quelquefois une de ses faiblesses et de ses fragilités : je suis étonné, après examen de mon parcours, de l’importance du temps que j’ai eu à consacrer à régler des conflits de personnes avec en arrière-plan le sentiment que ce temps passé, pourtant nécessaire, aurait pu être consacré au développement de notre mouvement.


L’avenir ? Le Mouvement aura de nouveaux défis à relever, et certainement à se remettre régulièrement en cause pour répondre aux besoins de notre société et de sa jeunesse en constante évolution, sans abandonner pour autant ce qui fait sa richesse et sa singularité : un mouvement de scoutisme laïque. Lors de notre congrès de Mâcon, il y a déjà quelques années, une devise avait guidé nos réflexions : « Notre tradition c’est l’innovation. » Alors tout simplement sachons mettre en musique les partitions que nous savons écrire et sachons toujours inventer de nouvelles partitions pour une musique toujours contemporaine.


 

Jacques Delobel, devenu depuis président de notre association d’anciens, a été président des E.E.D.F. dans cette période de reconstruction, à partir de 1980. Il en témoigne au cours d’une interview en 2009.

Entretien téléphonique.

Q : Et d’abord, quel a été ton « parcours » dans nos associations ?

Je suis entré au groupe d’Hellemmes de la région Nord Pas-de-Calais en 1963. J’étais jeune instituteur et le groupe avait besoin d’un chef de troupe. J’ai donc découvert l’association EDF dans sa dernière année d’existence. J’y suis venu parce que les valeurs qui y étaient vécues correspondaient à mon idéal d’éducateur : une laïcité ouverte très respectueuse des convictions de chacun et une pédagogie pratique qui avait fait ses preuves. Dès l’année suivante, les EDF disparaissaient pour fusionner avec la FFE N et les Éclaireurs Français et créer un nouveau Mouvement : les Éclaireuses et Éclaireurs de France. Je ne me sens donc pas particulièrement un ancien EDF, association qui ne m’a pas vraiment marqué. En revanche, dès 1964, le groupe d’Hellemmes s’est enrichi d’une unité d’éclaireuses dont les responsables venaient de la FFE N. Elles étaient d’ailleurs, pour cette première année, plus nombreuses que nous. Les deux unités (les filles et les garçons avaient chacun leurs propres projets) ont eu des effectifs comparables en 1966 et ont campé ensemble chaque année dès 1965. Je me suis marié en 1965 et ma femme est naturellement devenue responsable dans l’unité Éclaireuses. Le congrès de l’an II à Montgeron, animé par Jean Estève est encore très présent dans mon esprit. Plus tard, l’association m’a confié la responsabilité du groupe d’Hellemmes (25 années avec ma femme), puis celle de la région Flandres-Artois, puis la présidence nationale.

Q : Entré dans le Mouvement en 1963, tu as vécu quelques années de crise. Comment ta région, ton groupe et toi-même avez vécu cette période ? As-tu considéré que les « valeurs de base » de notre scoutisme étaient en cause ?

Notre groupe, comme notre région, a vécu cette période avec une certaine souffrance et une crainte de voir remettre en cause des racines et des traditions auxquelles nous tenions. Nous ne nous emballons pas, dans le Nord, facilement sur des idées nouvelles car nous craignons de perdre des valeurs essentielles sans nous en rendre compte. Des pratiques remises en cause peuvent contenir une éthique cachée dont il faut démontrer l’anachronisme si on veut les supprimer.

Prenons, par exemple, la coéducation qui a fait couler beaucoup d’encre. Cette coéducation est aujourd’hui mieux comprise : elle n’est pas réduite à sa dimension « sexuelle » mais à la coéducation de tous (garçons-filles, adultes-enfants, croyants-non croyants, entendants-sourds, blancs-noirs…) : chacun ne craint plus d’être lui-même et n’a plus la crainte de l’autre différent. Elle ne peut être réduite à une libération sexuelle. C’est vrai que les fausses pudeurs pouvaient engendrer le repli sur soi, mais la différence entre ce qui était vécu dans la famille et ce qui était vécu dans les camps pouvait aussi être brutale et traumatisante. Dès lors la laïcité et le respect de tous pouvaient être remis en cause par des pratiques excessives.

Q : Comment en es-tu arrivé à accepter d’entrer au Comité Directeur et d’en prendre la présidence, qui n’a jamais été une fonction de tout repos ?

Jean-René Kergomard, Paul Plouvier, Fred Hayem pour ne citer qu’eux, étaient des « nordistes » qui ont craint en leur temps une direction nationale sans envergure pour la gestion et l’animation du Mouvement. Je leur ai donné raison mais j’ai aussi apprécié les idées et l’enthousiasme de Bernard Machu, François Daubin, Roland Daval. Fidèle à ma région et porté par elle, j’ai voulu participer à la direction nationale pour travailler à une « réconciliation ».

Nos gestionnaires avaient lancé la consolidation des comptes courants, le trésorier comme le secrétaire général assuraient un avenir plus serein. Il fallait former et animer. Lancer de grands projets nationaux et revaloriser la formation des responsables de camp. Pour cela, il fallait dépoussiérer l’ancien logo pour impulser une identité nouvelle de notre temps. L’Équipe Nationale devait reprendre en main le deuxième degré qui avait été abandonné aux régions. C’est par ce levier qu’on espérait retrouver notre unité. C’est ainsi que le deuxième degré de Flandres-Artois a été placé sous la responsabilité de l’Équipe Nationale.

Q : Quelles ont été les principales étapes de cette présidence ?

C’est Bernard Machu et François Daubin qui m’ont demandé d’accepter cette mission. J’allais commencer mon deuxième mandat au CD. J’avais participé à la commission qui avait réfléchi sur notre identité, sur notre image et sur sa communication extérieure. Cette commission a voulu un logo qui symbolisait une certaine modernité, une stabilité (les carrés) mais aussi un dynamisme (le trait de gauche à droite) et les couleurs. Ce logo pouvait être décliné sans difficulté sur tous les tee-shirts et autres vêtements. L’unité du Mouvement pouvait donc se retrouver dans ce logo et le foulard, emblèmes plus modernes que l’uniforme national rejeté par beaucoup de groupes.

Il fallait aussi animer. C’est par « Navigator » que nous avons trouvé un souffle national. François et Roland en ont été les maîtres d’œuvre. Déjà, avec Bernard, l’Équipe Nationale avait constitué des mallettes pédagogiques avec des outils pour les unités. On passait d’« Étapes et brevets » qui mettait l’accent sur la progression individuelle, aux supports muraux dans les coins d’équipage sur lesquels les projets d’équipe s’élaboraient. On revenait à une méthode de scoutisme qui consistait à former des équipages qui ensuite construisaient des projets à l’aide d’outils nationaux. Et tout cela débouchait sur une manifestation nationale à La Courneuve. Chacun suivait sa propre progression individuelle dans la progression collective, affaire de tous.

Q : Quelles en ont été les principales difficultés ? les décisions difficiles ?

Le Mouvement a ses racines dans les groupes locaux. Ce sont les groupes qui ont fait l’histoire. Des responsables de groupes exceptionnels ont été des bâtisseurs et sont à l’origine d’investissements plus ou moins importants avec lesquels ils se sont parfois identifiés. D’autres se sont lancés dans des services vacances parfois sociaux. Tout cela a conduit à une diversité parfois difficile à gérer. Comment faire pour que l’association ne soit pas mise en danger par des capitaines d’entreprises aux pieds d’argile ou qui ne se rendent pas compte que ce qui était possible ne l’est plus dans une société qui évolue ?

Il a fallu se préoccuper de Saint Jorioz, des circuits Corse… et nous n’avons pas toujours pris le maximum de précautions pour ne pas blesser ces grands hommes qui ont tant donné. Mais il fallait bien pourtant anticiper sur des situations insupportables et trancher lorsque notre bien commun nous semblait menacé. Nous avons dû juger, hélas. Les décisions étaient programmées. Nous ne décidions jamais au moment où le sujet était débattu pour la première fois. Mais nous nous donnions une échéance.

Q : Quel souvenir gardes-tu des hommes et des femmes que tu as rencontrés dans le Mouvement, à tous les niveaux ?

Je dois beaucoup à tous mes amis. J’ai rencontré des hommes, des femmes mais aussi des enfants, des jeunes qui croyaient en ce qu’ils faisaient et lorsqu’ils le faisaient, ils le faisaient toujours de bon cœur. Cette fraternité est exceptionnelle car elle dépasse les générations au point d’y inclure les enfants eux-mêmes. Il faut une certaine sagesse pour reconnaître que nous sommes, nous aussi, formés par les enfants que nous formons et que nous les considérons dans nos statuts comme des membres de même dignité. Cette coéducation est une valeur extraordinaire dans notre Mouvement.

Q : Beaucoup d’entre nous pensent que, le Mouvement nous ayant beaucoup apporté, nous avons beaucoup à lui rendre. Quelle est ton opinion à ce sujet ?

Je n’aime pas beaucoup ce genre de question. Qui doit à qui ? J’ai donné et j’ai reçu. Je crois que je peux encore donner et que je peux encore recevoir. Quoi ? à qui ? pourquoi ? comment ?

J’ai connu des aigris. D’anciens membres, d’anciens responsables qui estiment qu’on leur doit une reconnaissance pour ce qu’ils ont fait. Forcément, ils sont déçus car le Mouvement regarde vers l’avenir et jamais ne se retourne vers le passé. J’ai été heureux de ce que j’ai fait, mais je ne suis pas un ancien combattant qui se complaît dans ce qu’il a fait. Je veux pouvoir encore être utile, non pas parce le Mouvement m’a beaucoup donné, mais parce c’est un mouvement juste dont les valeurs sont à la fois fortes et fragiles et qui doivent perdurer. Ce Mouvement n’a pas besoin de moi, mais je suis prêt à répondre à sa demande s’il le formule et si j’en suis encore capable. En aucun cas, je ne m’imposerai.

Je fais partie de l’AAEE qui ne regarde pas le passé mais constitue des équipes de projets. Ces projets continuent dans notre esprit d’éclaireur. Nous sommes bien ensemble car nous nous acceptons tels que nous sommes. Et puis, constituons un réseau de compétences pour aider les EEDF dans leurs demandes ponctuelles, sans prendre leur place.


 

« Je suis né à Chartres en 1947. Mes débuts dans le scoutisme se situent vers 1967, dans le cadre d’une école dite de perfectionnement, c’est-à-dire recevant des enfants handicapés. Monsieur Petit, futur inspecteur général de l’instruction publique, est un militant E.D.F. et un groupe a été constitué pour les élèves de l’établissement, en particulier pour les activités de week-ends. Entraîné par quelques copains sympathiques, je me retrouve donc, très rapidement, responsable d’une unité de ce que l’on appelait alors “ l’Extension ”. Pour le Mouvement, je suis donc un pur produit de l’Extension, et j’apprécie très vite qu’il puisse faire confiance et donner des responsabilités à des jeunes de vingt ans…


Émile Gagnon, responsable régional, me repère après ma formation et me demande de participer à l’animation des stages régionaux. J’encadre ensuite des camps ouverts aux handicapés mentaux, animés en particulier par René Simonnet, alors Commissaire national à l’Extension, à Saint-Clément et à Lavaur. Dans le même temps, je conserve des activités dans mon département… et j’effectue mon service militaire. Par la suite, je me suis baladé dans le Mouvement avec l’étiquette Émile et je l’ai prise à mon compte. Émile Gagnon demeure pour moi un “ père spirituel ” auprès duquel j’ai beaucoup appris.


Aux environs de 1972, René Simonnet me propose d’être permanent national pour l’Extension, et Émile Gagnon d’être permanent régional. Les deux sont possibles car je suis enseignant et je peux être “ mis à disposition ” du Mouvement. Je choisis… ma province et je deviens pour de longues années un fidèle d’Émile, y compris quand, pendant la période “ difficile ”, il sera appelé par Claire Mollet à l’échelon national. À ce titre, je participe aux Assises d’Avignon, où je suis chargé des relations avec la presse – période fantastique, où nos jeunes rencontrent des journalistes et sont capables de discuter avec eux…


La période qui suit est plutôt une période de retrait, où je me consacre à mon activité de permanent régional, avec, en plus des activités régionales “ classiques ”, l’animation du service “ 15 / 24 ”, mis en place par Émile Gagnon. Le service est organisateur de séjours de grands adolescents dans un cadre E.D.F., et aussi, et peut-être surtout, à l’accueil d’handicapés mentaux dans notre investissement de la Couturanderie. C’est le début d’une longue histoire. Dans le même temps, Jean-Yves Talois installe sur Caen les séjours de même nature qui étaient jusqu’alors gérés à l’échelon national, et nous aidons une initiative du même genre du côté de Toulon : le scoutisme d’extension est en train d’évoluer dans le sens qui sera le sien pour de nombreuses années.


Au début des années 80, François Baize, devenu “ délégué général ”, me demande de rejoindre l’équipe nationale. Il est, avec Bernard Machu, à l’origine de l’aventure de Bécours qui va devenir le “ haut-lieu ” du Mouvement en remplacement de Cappy. Appelé, après quelques années, à la fonction de délégué général, je prends conscience d’un ensemble de problèmes qu’il va falloir aborder et traiter… un par un. Il y a, pour l’équipe que je vais animer, quatre défis :

– le premier concerne les finances catastrophiques de l’association, pour lesquelles nous avions l’habitude de trouver des solutions qui retombaient toujours sur les groupes locaux,

– ce qui engendre le deuxième, celui de retrouver la confiance de la base, en particulier celle des responsables de groupes,

– le troisième, tout aussi évident, est de tout faire pour enrayer une chute préoccupante des effectifs,

– le quatrième, en synthèse, consiste à redonner au Mouvement une consistance pédagogique en revenant à une dynamique de branches, de camps-écoles, d’outils pédagogiques, mais aussi en donnant du sens à la notion de Mouvement en réalisant de grandes activités communes.


Il y a du travail, en particulier pour répondre à la baisse continue des effectifs qui a suivi la période de crise. La reconstruction doit être centrée sur l’aide aux groupes et la création d’une nouvelle dynamique. Il est important de se recentrer sur ce que l’on sait faire, et l’effort doit porter à nouveau sur la pédagogie adaptée aux tranches d’âge : c’est ainsi que nous nous intéresserons, par exemple, aux responsables d’équipages… Nous avions avec Jean-Pierre Weygand, Bernard Lefevre, plus tard Patrick Volpilhac et des bénévoles comme Odile Kergomard, je ne peux tous les citer, les promoteurs de cette pédagogie renouvelée.


Un Mouvement, c’est également quelque chose qui bouge, il doit en permanence chercher sa voie et, aussi, se connaître, retrouver une identité, une image et se montrer : c’est de cette époque que date la création d’un nouveau logo, d’un tee-shirt visible… et de grands rassemblements où tous peuvent se retrouver, en programmant chaque année un “ grand truc ” : la rencontre des enfants du Monde au Sénat à l’occasion du bicentenaire de la Révolution Française, le rassemblement de la Courneuve et, très rapidement, Bécours en sont quelques exemples. Dans le même esprit, le Congrès Mondial du Scoutisme Masculin, organisé à Paris en 1990 par le Scoutisme Français que je préside, est un grand succès et permet de nous faire connaître aux institutions internationales à côté des Scouts de France.


Dans le même temps, nous avons à traiter un certain nombre de problèmes de gestion et d’apurement de nos comptes, non pas uniquement en vendant les “ bijoux de famille ” pour combler quelques trous, mais en redéfinissant, avec Roland Daval, une politique efficace, ce qui nous permet d’arriver à une situation d’équilibre à la fin de mon mandat, peut-être même un peu mieux. Et nous n’imposons plus la vente forcée du calendrier !


La question qui me semble fondamentale est : quel doit être exactement l’intérêt du siège national pour l’ensemble du Mouvement ? Je reste persuadé que l’équipe nationale doit être au service des membres du Mouvement. J’ai toujours insisté sur ce point en demandant à chacun de se mettre dans la peau d’un responsable de groupe ou d’unité. Je connais la tendance des machines institutionnelles à fonctionner pour leur propre intérêt en oubliant l’essentiel... La vie parisienne nous entraîne dans des coordinations multiples, certes utiles mais à condition de ne pas oublier que nous sommes en place pour aider un Mouvement à vivre. Dérive que nous avons vue aussi avec certains permanents régionaux – et j’en ai fait partie –, qui consacrent beaucoup de temps à chercher des subventions pour embaucher un autre permanent…


Je m’efforce de respecter les choix régionaux en essayant de comprendre les divergences et ensuite de trouver les accords pour le bien du Mouvement. Je suis opposé aux dictats venus d’en haut, au nom d’intérêts de l’échelon National qui ne sont pas toujours l’intérêt du Mouvement. Mon action s’efforce de rassembler pour que tous y trouvent leur place. Nos pratiques étant quelquefois diverses, il me semble important de réduire les écarts par le dialogue plutôt que par l’anathème. J’ai encore un regret avec les services vacances ? Je crois que nous n’avons pas su les faire évoluer avec l’évolution de la société. Peut-être aurait-il fallu les laisser devenir plus indépendants et garder un lien autre que celui d’être dans le mouvement. Mais je ne suis sûr de rien. Un autre regret, celui de ce mouvement incapable d’utiliser ses anciens, de garder un lien avec eux.


Dans cette période, je suis appelé à remplacer Yvon Bastide comme président de l’association “ Loisirs Éducatifs de Jeunes Sourds ”, issue du groupe de l’Institut National de Paris avec l’aide d’autres associations éducatives du secteur des déficients auditifs. L’association est propriétaire d’un centre de vacances, le Fieux, installé dans une vieille ferme de la Creuse, et est liée aux E.D.F. par un bail à long terme pour l’organisation de séjours en coéducation de sourds et entendants sous la direction de Catherine Bastide ; elle y organise également des stages pour les cadres sourds, avec utilisation de la “ langue des signes ”, une grande première en France. Cette expérience est enrichissante pour tous ceux qui l’ont vécue et, en particulier, les aînés de mon groupe. Je constate que ce n’est pas en intégrant un ou deux handicapés dans une unité dite “ normale ” qu’on peut répondre à un vrai besoin, mais que cette “ coéducation ” permet une connaissance mutuelle et une prise de conscience réelle des vrais problèmes de communication. Pour certains travaux au Fieux je fais appel à des aînés polonais dans le cadre de nos échanges, et, c’est une anecdote, au chef d’une petite entreprise de mon village qui s’en souvient encore avec émotion…


L’international m’apparaît comme un outil d’ouverture, en particulier vers l’Afrique et les pays de l’Est européen. Je souhaite accompagner, sans trop de formalisme, les initiatives dans ce domaine, ce qui crée quelquefois quelques conflits de perception avec ceux qui veulent un peu trop appliquer des règles : je ne suis pas pour l’exclusion de ceux qui ne suivent pas tout à fait le droit chemin !


Après 1990, j’hésite à en prendre pour un nouveau mandat, et je décide, finalement, de revenir vers ma province. Je retourne vers mon secteur professionnel initial, celui de l’enseignement adapté. On me demande de compenser la formation que je n’ai pas reçue lorsque j’ai choisi de rejoindre l’équipe nationale, et me voilà en stage à près de 50 ans… avant de prendre en charge la responsabilité éducative de mon établissement. Bien entendu, je reste au contact des E.D.F. dans le Loiret, mais mon militantisme va trouver une autre voie : je deviens maire de mon village, et je le suis toujours. Je suis également premier vice-président d’une communauté de communes de 35 000 habitants et je milite dans une association qui gère des établissements pour handicapés.


Ma conclusion ? Le scoutisme nous donne pour objectif de “ servir ”. Le nôtre, avec l’affirmation de sa laïcité, se veut une école de formation à la citoyenneté : on y apprend à vivre avec les autres, à négocier, à décider, à travailler en groupe, à s’organiser, à aller au bout du projet… Notre engagement est citoyen.


Le futur ? Il n’est pas obligatoirement facile, essentiellement par suite de l’évolution de la société : l’État, en tant que tel, amplifie ses exigences en diminuant son aide aux activités qu’il ne contrôle pas, et le contexte général, de développement de l’individualisme et du “ consumérisme ” nous met évidemment en porte-à-faux. Le scoutisme laïque risque d’avoir plus de difficultés que les scoutismes confessionnels qui gardent des structures locales d’appui comme les paroisses, en ayant perdu l’essentiel de son rattachement à l’école. Il y a sûrement une réflexion à mener et des actions à lancer à partir de ce constat.


Personnellement, je considère mon passage militant dans le Mouvement comme une aventure extraordinaire, à laquelle je me suis beaucoup consacré mais qui m’a beaucoup apporté. Je souhaite qu’elle continue pour d’autres, dans l’esprit qui a été le nôtre : un Mouvement, c’est quelque chose qui bouge, où on a des projets, où on se rencontre, où on agit… où on forme sa personnalité en vivant “ ensemble ”. »

 


 

 

Cette contribution, qui couvre plus de trente ans, est particulièrement importante car elle est celle d’un militant « de base » prenant, successivement, des responsabilités dans divers compartiments de notre activité, depuis un groupe local jusqu’à l’échelon national. C’est donc, simultanément, un film documentaire sur l’évolution « globale » du Mouvement.

Entretien téléphonique


« Une anecdote pour commencer : j’ai croisé les EEDF il y a 34 ans, j’avais 16 ans. J’y suis entré pour les beaux yeux d’une fille. À l’époque, j’étais membre des Scouts de France depuis quelques années déjà, mais… ils n’étaient pas mixtes !


Première étape : le groupe de Chalon-sur-Saône. En 1976, je débute comme jeune responsable, en parcourant les branches au gré des années. Fort de plus de 200 adhérents, renforcé d’“ extérieurs ” au moment des camps, ses activités sont très régulières, avec des réunions le mercredi, des week-ends, des camps en France mais aussi à l’étranger. Le responsable du groupe, Daniel Auduc, deviendra, successivement, responsable international puis Délégué général. La taille et les activités du groupe devenant importantes, il m’est proposé de devenir permanent local au travers d’un contrat aidé. Mes activités couvrent aussi d’autres communes du département, en particulier le Creusot. En 1979, le groupe de Chalon ouvre ses activités à un petit nombre de personnes handicapées mentales. L’accueil s’élargit : une soixantaine de campeurs à Pâques à Chardonnay, 200 durant l’été 1980 répartis sur 10 séjours … Un services vacances est né, aux côtés du groupe local. Je choisis donc, au début des années 80, d’en faire mon métier. Je deviens le “ directeur ” d’un service vacances qui rapidement recevra un millier de participants. Je conserve mes engagements dans le groupe, au département Saône et Loire, à l’équipe régionale de Bourgogne et auprès de l’équipe internationale EEDF. À cette période aussi nous créons un des premiers conseils municipaux de jeunes, à Chatenoy le Royal. J’en assure, pour les Éclés et la commune, le secrétariat général.


Deuxième étape : les services Vacances. En 1986, François Daubin et Roland Daval, respectivement Délégué général et Secrétaire général du Mouvement, ont à traiter des restructurations de services vacances, et, en particulier “ Vacances Actives ”, implanté à Annecy. Ils me demandent de reprendre en charge l’activité enfants-adolescents, séjours France et étranger et la gestion du terrain de Saint-Jorioz. D’abord hésitant, j’ai fini par accepter le défi, permettant ainsi de diversifier l’offre du service de Chalon. Ce fut une véritable aventure de redresser cette activité, en particulier de développer l’accueil sur ce site en bord de lac. De la folie, en ouvrant aux groupes locaux, à des séjours vacances, à des familles, aux centres de loisirs d’autres associations sur des projets voile montagne, nous pouvions atteindre 700 campeurs sur ce centre d’accueil et de vacances. En revivant cette période je pense avec tendresse aussi à “ Cascade ”, Claire Mollet, qui avait bien connu Saint-Jorioz et qui m’a prodigué quelques conseils de vie !


Notre service vacances, avec ses actions de formation, son activité en direction des personnes handicapées, ses séjours enfants-ados, l’accueil à Saint-Jorioz c’était plus de 3000 usagers-adhérents, 50 000 journées d’activités, une centaine de camps et séjours. La prise de risque était cependant permanente avec souvent un sous-équipement par rapport aux effectifs accueillis ! Mais la volonté, le dynamisme porté par des centaines de bénévoles et volontaires rassemblés progressivement autour des projets permettaient de franchir les orages.


Troisième étape : l’échelon national, le Secrétariat Général. En 1989, Roland Daval devient Délégué général et me demande de le rejoindre pour lui “ succéder ” au poste de Secrétaire général. Honoré, surpris, j’hésite cependant une nouvelle fois pour des raisons plus familiales et de choix de vie, s’installer à Paris. Je fais le pas, soutenu par ma famille.

Il est bien difficile de conter et compter huit années de Secrétaire général. Nous avons été confrontés à des choix et des enjeux importants pour la vie du Mouvement. Je pense au changement de siège social (les propriétaires du siège historique, Chaussée d’Antin, nous avaient donné congé), la mise en place des systèmes informatiques, d’une politique immobilière, la restructuration des services Vacances, l’apurement de quelques situations, l’assainissement de la situation financière globale et l’obligation d’intégrer les comptes (l’apparition du commissaire aux comptes)… La vente d’une partie de notre domaine foncier, libéré d’activités, et une bonne gestion permettront avec le temps de donner aux EEDF une situation économique solide. Un autre type d’enjeu apparaît : la “ professionnalisation ”. La récente convention collective, 1990, précise des droits et des devoirs en mettant fin à une situation de salariés-volontaires-permanents-engagés. C’est une évolution inéluctable qui va modifier dans le temps les rapports bénévoles-salariés. Nous allons devoir gérer notre schizophrénie, celle de militants attachés aux progrès sociaux, tout en défendant les intérêts d’un employeur associatif, associatif mais employeur. Comme les autres associations de jeunesse et d’éducation populaire, nous sommes confrontés à une profonde évolution. À noter aussi à cette période, l’arrivée des “ emplois jeunes ”, qui viennent renforcer le nombre de salariés.


Quatrième étape : Délégué général. Roland Daval souhaite se retirer. Il faut, en 1998, choisir un nouveau Délégué général. Nous étions, a priori, plusieurs éligibles ; je pense en particulier à de “ vieux complices ” comme Patrick Volpilhac, membre de l’équipe nationale en charge du développement, ou Hervé Carré. Le choix s’est porté sur moi, avec un renouvellement en 2003.


Notre Mouvement a les forces et les faiblesses de sa diversité, combinant scoutisme proprement dit et activités ouvertes dont nos services Vacances. Nous nous inscrivons dans une période où nous nous efforçons de réaffirmer notre engagement dans le scoutisme, à partir d’une réflexion sur les méthodes, l’engagement, leurs outils (vote du texte d’engagement à l’A.G. 1998). Nous mettons l’accent sur notre originalité de scoutisme laïque. Être “ scout ” ne veut pas seulement dire être adhérent des EEDF, cela se vit, se pratique. Notre participation au Scoutisme Français, dont je suis d’abord trésorier, puis deux fois vice-président et enfin président, nous permet d’ancrer plus encore les EEDF dans l’univers du scoutisme, de le représenter avec notre sensibilité et nos valeurs.


En ce qui concerne la laïcité, je crois qu’il ne faut pas se gargariser du terme mais lui donner une traduction dans nos pratiques pédagogiques. Nous sommes un Mouvement d’éducation laïque utilisant les méthodes du scoutisme !


Que retiendra l’histoire de cette page qui va se tourner ? Un cycle de 30 ans, pendant lequel nous avons, les équipes successives, essayé de nous réattribuer une identité, celle d’un Mouvement de scoutisme moderne, adapté à son temps, mais un Mouvement de scoutisme. Ce ne fut pas facile, quelques fois à contre-courant d’essayer de faire vivre deux cultures, celle du scoutisme et celle dite de l’éducation populaire. Celle d’un Mouvement organisé, diffusant le même projet, et celle d’un réseau aux fonctionnements et méthodes pluralistes.

Le scoutisme est notre métier, notre raison d’être. Toute tentative de conduire l’association vers je ne sais quelle posture s’en éloignant, s’éloignant de ses codes serait destructrice. Se gausser d’être un Mouvement d’éducation populaire, un mouvement éducatif engagé et de résistance et de n’être plus dans l’action pédagogique nous conduirait dans le mur. Les EEDF termineraient à quelques centaines de militants, signant manifestes et communiqués, organisant colloques et journées d’études… N’être plus que dans la prestation de service et l’action vide de sens ? Nous terminerions avec quelques ateliers de proximité qui disparaîtraient très rapidement car ce n’est pas notre vocation, ni notre savoir-faire. Nous sommes des scouts, des scouts laïques mais des scouts !


Un subtil dosage qui s’appelle éducation par l’action en affirmant haut et fort une méthodologie qui est celle du scoutisme, en donnant aux jeunes des terrains d’engagement qui ont du sens, sur la base de principes et de valeurs. C’est à quoi se consacrent les générations de militants depuis bientôt 100 ans.


Parmi nos préoccupations j’ai particulièrement œuvré à réaffirmer notre complémentarité à l’école publique : l’association a les moyens de proposer des projets porteurs de sens dans la formation du citoyen sans se substituer aux enseignants, en grande proximité à l’école, selon nos savoir-faire. De même j’ai cherché à développer les “ partenariats ” avec des collectivités territoriales, en particulier les régions, considérant que pour les EEDF il s’agissait d’un vecteur essentiel de développement et de… financement, l’État se désengageant progressivement et d’une manière irréversible. La “ déconcentration ” – ne parlons pas de “ décentralisation ” puisque nous restons une association nationale et non une fédération – est une nécessité, elle renforcera le pilotage territorial dans l’esprit de ces partenariats. Une des pistes en cours d’expérimentation dans cet esprit est celle des “ unités projets ”, qui reprennent l’idée des “ patrouilles libres ” en créant une structure locale plus légère que celle d’un groupe. L’expérimentation en Seine Saint-Denis est un exemple à modéliser.


Tous nos efforts, qu’ils soient sur le terrain des projets, petits et grands dont récemment Dimbali, sur les terrains éducatif et pédagogique, social et administratif ont servi un seul but, le développement, faire que plus d’enfants et de jeunes puissent bénéficier de cette merveilleuse aventure du scoutisme. Force est de constater que ce résultat est en partie atteint puisque le dernier plan d’action, après des années de pertes, a vu le nombre de nos adhérents progresser tant du côté de nos groupes que du côté de nos services Vacances.


Quand je regarde dans le rétroviseur je ne peux m’empêcher de citer quelques réalisations dont je suis particulièrement fier :

– l’extension, grâce à notre action, du contrat d’engagement éducatif aux séjours adaptés (si nous n’avions pas eu gain de cause, nous aurions connus de très graves difficultés),

– la célébration du centenaire de la Loi de séparation des églises et de l’État en 2005 (laïcité),

– la célébration du centenaire du Scoutisme, nous sommes restés fermes sur notre identité,

– les premiers accueils de volontaires associatifs,

– la création du “ passeport d’engagement ”, depuis repris et développé par d’autres organisations,

– la “ charte qualité ”, les certifications communes sous pilotage EEDF des formations des associations de scoutisme,

– la définition de formations et certifications pour les encadrants vacances adaptées (nous sommes précurseurs),

– la caravane de la Paix,

– l’ouverture des 18-25 ans,

– “ Traces d’étoiles ” et “ Hors Pistes ”,

– la rénovation des propositions pédagogiques pour les Aînés et les Louveteaux,

– les projets Cheynendo et Terres d’Aventures,

– Dimbali, l’association se mobilise pour la planète,

– Bécours, les projets, les camps, la rénovation, le rassemblement  Bécours 2004,

– le développement de la communication numérique,

– les prises de position, les manifestations, contre le CPE, contre le fichier “ EDVIGE ”, pour l’éducation, pour la laïcité, le deuxième tour des présidentielles 2002…

– la mise en place des campagnes d’appels à dons,

– le fichier et maintenant la comptabilité en ligne,

– une situation économique saine permettant de faire face à nos projets et responsabilités sociales,

– des comptes enfin certifiés par le commissaire aux comptes,

– l’ouverture de la préparation du projet Centenaire des EEDF.


Il n’empêche qu’une réforme démocratique et fonctionnelle des EEDF reste urgente pour inscrire notre histoire dans la durée, puisque selon notre article 1 des statuts, … illimitée.


Je dois beaucoup à notre Mouvement qui m’a beaucoup donné. J’ai fait ma promesse en 1976, je l’ai confirmée en 2007, lors du centenaire du scoutisme. Elle a guidé mon engagement. J’ai toujours essayé de faire de mon mieux, pour l’intérêt collectif. Cette promesse continuera à guider ma vie. »


 

Le parcours de Patrick Volpilhac nous a semblé intéressant, et significatif sur de nombreux points : du scoutisme vécu « à la base » jusqu’au militantisme bénévole et à l’engagement professionnel, générant un prolongement vers l’éducation populaire…


Entretien téléphonique


« Mes parents tenaient un bar-tabac dans la région parisienne, et, comme tout enfant de commerçant, je devais poser un problème d’occupation pendant les week-ends ou les jours de congé. Famille classique, d’origine catholique : rien ne me prédisposait à rejoindre le scoutisme laïque. Mais ma mère a, un beau jour, trouvé un tract dans sa boîte à lettres, intitulé : “ Vos enfants s’ennuient le dimanche… ”. Sans me demander réellement mon avis, elle m’a inscrit au groupe de Colombes où je me suis retrouvé louveteau en 1972. Je faisais aussi du rugby, j’ai dû tout concilier mais très vite j’ai été intéressé par ces activités, les réunions au local le mercredi, les sorties en forêt le week-end… des activités “ plaisir ”.


Mon engagement régulier a eu, progressivement, pour conséquence une sorte de “ rupture ” avec le milieu familial, une prise de conscience de mon rôle de citoyen, presque de militant, dans cet espace de découverte qu’offrait notre scoutisme. Pendant ces années 70, le groupe de Colombes a été assez fortement marqué par les débats qui animaient alors l’association, surtout dans la région parisienne – et qui, dans certains cas, mettaient en cause certains fondamentaux comme le fonctionnement en branches. Le groupe a rejoint en partie ces orientations, l’habitude du débat, de la confrontation des idées y est restée et ce furent des moments de formation personnelle exceptionnels.


Lorsque, après une rencontre personnelle (devenue familiale) et pour mes études, j’ai rejoint la région bordelaise, je me suis retrouvé, à Bègles, dans un groupe plus classique sans être traditionnel, dynamique et fonctionnant tout aussi bien. J’y ai pris des responsabilités, d’abord pour l’unité des routiers puis au niveau régional pour la participation à des groupes de travail. Et lorsque, en 1984, Claude Escalettes, alors responsable régional, m’a proposé d’effectuer ma période d’objecteur de conscience dans le cadre du Mouvement, ce choix a, je crois, changé ma vie…

Ce fut une étape déterminante sans rite de passage… de l’engagementde base ” à une forme de professionnalisme mais ce fut sûrement avant tout le passage vers… du militantisme… à plein temps ! Cette expérience fut l’occasion de réfléchir à mon avenir professionnel et peut-être de valider un choix inconscient, celui de s’efforcer de concilier le couple métier/valeurs.


Peu de temps après, un poste de permanent, financé par le FONJEP, s’est libéré et je l’ai accepté. Plusieurs projets régionaux me semblaient séduisants : coopération avec des pays africains, réflexion sur le développement et l’accueil de nouveaux éclés, programme de formation… J’y ai consacré quatre ans, de 1985 à 1989, jusqu’à ce que François Daubin, délégué général en fin de mandat, me propose de rejoindre l’équipe nationale. Après quelques missions à l’étranger, j’ai accepté la proposition du nouveau Délégué général, Roland Daval, de revenir au “ 66 ” et j’ai intégré son équipe qui comprenait déjà Dominique Girard, Jean-Philippe Michard, Bernard Lefevre, Michel l’Hôpital, Jean-Pierre Weyland, Philippe Kocher… en charge d’une mission “ simple ”, celle de développer notre Mouvement.


Il me semble que cette période a été déterminante dans les choix d’orientations de l’association. Sous l’impulsion du Comité Directeur, l’équipe nationale avait à définir les contours d’une nouvelle pédagogie et d’un nouveau développement à partir d’un choix clair, sans rupture avec notre histoire mais avec la préoccupation du futur : à la fois réaffirmer notre rattachement au scoutisme à l’aune de notre spécificité laïque et assurer l’évolution quantitative et qualitative de notre association, nécessité quasi vitale au vu de la courbe de nos effectifs…


J’ai accompagné Roland pendant ses deux mandats. En ce qui concerne le développement, avec la volonté de la majorité des régions, bénévoles et professionnels, nous sommes arrivés à inverser la tendance, en particulier par la création de nouveaux groupes à côté des existants. J’ai assuré en 1993 la responsabilité du rassemblement “ Trans Europe Éclés ” à Montpellier, qui a été, je crois, un grand moment pour la branche aînés et réaffirmait le caractère international, en particulier européen, de notre Mouvement.


Au départ de Roland, j’ai été sollicité par certains pour lui succéder, mais, après mûre réflexion, ma réponse a été négative. J’éprouvais le besoin de sortir de ce cadre passionnant mais aussi contraignant fondé sur cette dualité très spécifique professionnalisme/militantisme. Ma vie familiale en souffrait et j’éprouvais l’envie de me confronter à une reconversion que d’aucuns pensait délicate : le scoutisme forme des citoyens prêts à affronter les enjeux de notre société, mais garantit-il la qualité d’un parcours professionnel riche et épanoui ? Je souhaitais retourner vers Bordeaux.


C’est ainsi qu’après quelques temps de doute et la volonté forte de valoriser mon parcours, en 1998, après les élections régionales, je suis devenu conseiller technique pour le secteur jeunesse, culture et éducation, au cabinet d’Alain Rousset, nouveau président socialiste de la région Aquitaine. Je n’étais pas militant de son parti mais j’avais le sentiment de rester dans le domaine de l’éducation populaire, sûrement plus dans celui des valeurs que dans l’engagement politique au quotidien. Clin d’œil à mon histoire personnelle quand j’ai eu la responsabilité de la conception d’un Festival lycéen qui a réuni, en 2000, plus de 5000 jeunes et enseignants… imaginé sur le modèle d’un rassemblement Éclé, à la seule différence peut-être notable : les tentes de patrouilles étaient devenues des chambres de Formule 1 ! Par la suite, Alain Rousset m’a demandé, à ma surprise, de devenir son directeur de cabinet. J’ai passé là quatre années passionnantes : alchimie particulière entre volonté de projet et combat idéologique, pouvoir et fragilité, assurance publique et doutes personnels et, bien sûr, militantisme et professionnalisme… Comme en 98, cette fois encore, j’ai éprouvé le besoin de me renouveler et j’ai choisi, en 2004, de prendre la direction d’un organisme public travaillant en liaison avec le Conseil Régional dans le domaine culturel (écrit, image, cinéma).


Ma conclusion sur ce parcours ? Il est en très grande partie lié à la découverte d’une publicité dans une boîte à lettres et à la décision de mes parents. Rien ne me prédisposait à cet itinéraire. En grande partie mes engagements idéologiques, mes choix de vie, mes compétences, sont dus au Mouvement des Éclaireuses et Éclaireurs de France. Je lui dois beaucoup mais je pense lui avoir aussi beaucoup donné…


Même si j’ai, un temps, repris mes études, je n’ai sûrement pas fait celles dont j’ai rêvé car je me suis consacré à ces activités militantes chronophages, comme responsable Éclés puis comme permanent professionnel. Pourtant, avec le recul de presque 25 ans, je ne regrette pas grand-chose dans les choix que j’ai pu faire et ceux qui m’ont été dictés. Aujourd’hui je revendique ce parcours et j’en garde une certaine fierté. Mais serait-il toujours possible aujourd’hui ? Je ne sais pas, mais ce dont je suis sûr, c’est qu’un Mouvement comme les Éclés doit savoir conserver cet équilibre difficile : rester cette formidable école de la Vie pour ses jeunes, ses bénévoles et demeurer une association socialement responsable pour ses salariés. L’enthousiasme des premiers est quelquefois abrasif pour les autres… »

 


 

Responsable régional puis national, Jean-Yves Talois a été très impliqué dans la mise en place de services Vacances dans le secteur handicapés, dans le prolongement de notre Scoutisme d’Extension, à partir des années 70.


Entretien téléphonique


« Né en 1954, je suis aujourd’hui un “ jeune ” retraité de l’Éducation nationale. Je reste impliqué dans le secteur associatif laïque, avec quelques missions dans le cadre des Pupilles de l’École Publique.


En 1972, je suis élève de l’École Normale d’Instituteurs de Caen ; un affichage des E.E.D.F. propose un stage de formation en direction de l’enfance dite inadaptée à Saint-Clément dans l’Allier. J’y rencontre Mireille Capestan, alors responsable nationale du secteur. Les E.E.D.F. sont un Mouvement de “ scoutisme laïque ”. La juxtaposition des deux mots m’étonne : pour moi, le scoutisme est plutôt suranné, la laïcité porte des valeurs actuelles… Stages et rencontres ultérieures me permettent de constater que les deux peuvent “ jouer ensemble ” !


La suite en dépendra beaucoup : dès 1974, avant ma sortie de l’É.N. puis dans mon premier poste d’enseignant, je participe à l’animation de séjours. En 1976 et 1977, je dirige un séjour à Cautines, au Moulin de Roland, investissement de la région de Paris. Un poste de “ mis à disposition ” me permet, à partir de 1977, de devenir responsable d’un secteur vacances pour handicapés mentaux en Normandie, d’abord pour enfants et adolescents, puis pour adultes. Cette activité n’est pas indépendante de celle de la région E.E.D.F. qu’elle complète, avec de nombreuses expériences d’intégration, par exemple à Crozant dans la Creuse. Ces expériences sont très enrichissantes et permettent de faire connaître les E.E.D.F. et leurs propositions à de nombreux étudiants intéressés par ce secteur.


Bien entendu, les choses n’ont pas été faciles : au début, le local du service occupait une pièce de mon appartement, et mon épouse s’est fait former comme comptable pour en assurer le suivi financier. Mais, à la fin des années 70, ce fonctionnement est pérennisé avec la mise en place d’un demi-poste de permanent à la disposition de la région, dont la cheville ouvrière est Bernard Lefèvre. Le service vacances assure une activité de type “ social ” en liaison permanente avec l’animation plus classique des groupes locaux. On peut, actuellement, considérer que l’osmose est complète. Et l’intégration de jeunes handicapés peut être un excellent levier pour la découverte des éclés !


Cette période a duré de 1977 à 1985, époque où je reprends un poste dans l’enseignement spécialisé, sans perdre le contact avec les E.E.D.F.. En 1990, Roland Daval m’appelle à l’équipe nationale pour définir et mettre en place une nouvelle approche de nos activités dans le secteur des handicapés, dans le prolongement du scoutisme d’extension mais en réponse à un besoin de séjours de vacances plus que d’activités continues, même si le scoutisme d’extension des débuts n’est pas oublié de la plupart des établissements spécialisés que nous rencontrons. Par exemple, dans un C.A.T. du côté de Vernouillet, les animateurs se rappellent avoir été responsables de l’unité d’Extension !


Ma mission à l’équipe nationale s’achève en 1993 car je souhaite retrouver ma Normandie. L’Inspecteur d’Académie du Calvados me propose un poste à plein temps pour les Pupilles de l’École Publique, avec comme missions l’organisation de classes de découverte, le développement d’actions en direction des handicapés, en complémentarité avec l’enseignement public. Côté E.E.D.F., je fais partie de l’équipe régionale dont je suis un “ jeune ancien ”.


En ce qui concerne nos “ valeurs ”, je crois que notre Mouvement a su faire une synthèse entre le scoutisme et la laïcité, et j’y ai découvert des éléments que je n’ai pas retrouvés ailleurs. J’en retiens des mots intangibles : la confiance mutuelle, la liberté, les rencontres et l’expérimentation. Notre laïcité induit un fort respect de l’autre, quel qu’il soit, et son importance.


Il n’existe pas beaucoup de milieux où un jeune peut assurer sa propre progression en prenant des responsabilités, en échangeant des idées, en participant à des expériences…

J’ai l’habitude de dire que… “ si tu veux avancer de quelques pas, prépare-toi à faire le tour du monde ”.


Notre Mouvement a su avancer dans cet esprit, il faut qu’il le garde et évite tout “ suivisme ” et toute “ institutionnalisation ” qui le paralyseraient. Il doit rester porteur d’une volonté d’évolution, de recherche d’options, d’expérimentation. Seules les utopies sont porteuses d’avenir ! »


 

Le Mouvement a recruté ses cadres nationaux dans tous les secteurs de l’Hexagone et il est très important que les diverses sensibilités régionales y soient représentées : c’est ainsi que Jean Gariepuy, ancien responsable régional de Bretagne, a été appelé à la présidence dans une période de réflexion sur l’avenir.


Témoignage écrit.


« 68 ans, divorcé, 3 enfants, 3 petits-enfants.


Un engagement dans l’enseignement spécialisé.


École Normale d'instituteurs de Rennes, de 1958 à 1963, puis professeur de collège d’enseignement général et, finalement, instituteur – éducateur spécialisé avant de devenir directeur d’établissements à caractère social et médico-social dans le cadre de l’association départementale des Pupilles de l’Enseignement Public.


C’est une carrière assez atypique mais qui démontre toutes les possibilités d’engagement qu’offrait l’École Normale… Je peux dire que je ne regrette rien : même si j’ai beaucoup aimé enseigner dans une classe, j’ai adoré ce que j’ai fait par ailleurs.


Un parcours bénévole en a tout naturellement résulté, avec les Pupilles dont j’ai été, à partir de 2000, année de ma retraite, trésorier puis président départemental,,président régional, et enfin secrétaire général adjoint au plan national.


Une quarantaine d’années à divers échelons…


Mes débuts remontent aux Scouts de France, de 1957 à 1960, dans une patrouille libre, comme second, chef de patrouille puis assistant au chef de troupe.


Dès la seconde année de mon arrivée à l'École Normale de Rennes en 1959, alors que j'étais encore aux SDF, je suis entré aux Éclaireurs de France. J’y ai exercé successivement les fonctions de responsable Louveteaux, responsable Éclaireurs, de district, de groupe et commissaire régional avec quelques arrêts pour enfants ou profession. Ma formation EDF et EEDF est passée par plusieurs étapes : camp école préparatoire, Cappy en 1960, stage Gilwell Park en 1969, tisons DCC, formateur et responsable de stages régionaux…


Je suis devenu en 1994 vice-président et en 1997 président du Comité Directeur.


Les EEDF ? un Mouvement de scoutisme laïque engagé.


Le document “ Engagement des EEDF ”, à la rédaction duquel j'ai participé lorsque j'étais président et qui a été adopté par l'AG de Montluçon en 1998, rappelle les valeurs et fondamentaux du Mouvement, auxquels nous sommes plus que jamais fidèles :

– un Mouvement de scoutisme laïque,

– un Mouvement de jeunesse et d'éducation populaire, partenaire éducatif de l'école publique et de la famille, et promoteur des méthodes actives,

– un Mouvement éducatif engagé, qui défend les valeurs de laïcité, de coéducation, de démocratie, d'ouverture, de solidarité, d'écocitoyenneté.


La conclusion de ce texte me paraît toujours d'actualité : “ Vivre aujourd’hui pour devenir demain. ”


Nous nous étions également beaucoup impliqués dans le projet 1998/2002, “ Agir pour grandir ”, (du dire au faire) : développement de la personne, mais également développement du Mouvement, décliné dans les Branches et les différents échelons, ainsi que dans les secteurs “ handicapés ”, “ international ”, “ formation ” et “ jeunes en difficulté sociale ”, en milieu rural ou urbain.


Une évolution positive.


Sommes-nous si éloignés des principes de BP, et des “ moyens éducatifs ” du scoutisme décrits par Henry Gourin dans les années 50 ?


L'évolution s'est faite sans trop d'à-coups... si l'on excepte la période post 68. Mais la reconstruction s'est opérée petit à petit, et l'on a même vu à Bécours, le 1er août 2007, au “ lever du soleil sur le Scoutisme ”, un siècle après le camp de Brownsea, des jeunes – et moins jeunes ! – éclés renouveler leur promesse et faire le salut scout !


Toujours à Bécours, en 2007, j'ai animé une rencontre de jeunes du Scoutisme Français : la conclusion des rapporteurs, après une âpre discussion, était que leurs associations, accueillant tout le monde, sans distinction de croyance (!), étaient laïques, elles aussi ! Je ne suis pas pour autant certain que les structures dirigeantes des SGDF catholiques, des EEUDF protestants, des EEIF juifs et des SMF musulmans partagent cette analyse !


Ces dernières années, les effectifs, stabilisés, amorcent une remontée. L'engagement des responsables paraît plus court qu'autrefois. Il s'apparente, semble-t-il, davantage à un CDI qu'à un CDD… Est-il pour autant moins fort ? Je ne le pense pas. L'époque où certains responsables exerçaient leur sacerdoce jusqu'à 77 ans s'achève. Est-ce un mal ? Je ne le pense pas non plus.


Les jeunes, et notamment les responsables et aînés, ont une meilleure information sur leur environnement, et, notamment, semble-t-il, une meilleure approche politique, par rapport à la nôtre au même âge. Tant mieux ! Globalement, l'évolution me paraît positive.


Nos difficultés ? Celles de toutes les associations et un environnement en pleine mutation.


Une fois élu au Comité Directeur, j'ai participé à beaucoup de congrès, de réunions nationales et régionales, voire locales, de camps d'été... Je me suis rendu compte de l'extrême diversité de notre Mouvement. “ C'est une richesse ! ” m'a-t-on dit. Oui, très certainement, mais à condition qu'on n'y fasse pas n'importe quoi. Et il est parfois difficile d'intervenir pour rappeler à certains potentats locaux que leur ancienneté et leur action dans le Mouvement ne justifient en rien l'appropriation indue d'un investissement, d'un groupe local ou de quelque structure que ce soit. C'est sans doute un des problèmes les plus importants dans le Mouvement (et dans tout le monde associatif !).


Viennent ensuite les difficultés relationnelles qui empoisonnent de temps à autre le fonctionnement : l'affectivité est toujours présente et c’est naturel... mais quand elle s'exacerbe, elle devient un frein. On perd beaucoup de temps, à tous niveaux, à gérer les problèmes d'ego des uns ou des autres.


Autre problème, plus actuel : le désengagement de l'Éducation Nationale qui risque d'entraîner la suppression de beaucoup de postes d'animateurs professionnels, si on n'a pas eu suffisamment tôt le souci de les financer autrement que par ses subventions.


Le Mouvement saura faire face, malgré tout.

 

La suppression progressive des subventions de l'Éducation Nationale, donc, mais aussi le changement programmé du paysage politique local vont conduire les EEDF à s'adapter à la création de nouvelles collectivités territoriales, à la disparition des I.A. et des D.D.J.S., etc. J'ai une grande confiance dans les capacités de notre Mouvement, qui, malgré les difficultés a toujours su faire face.


Merci les Éclés !

 

Les EEDF m'ont apporté énormément : des amis, tout d'abord. Et puis une éthique, une formation qui m'ont beaucoup aidé, dans ma vie personnelle mais aussi dans ma vie professionnelle. Elles m’ont, notamment, donné le goût, le sens des responsabilités... et la capacité de les exercer.


Je n'ai jamais manqué et je ne manquerai jamais une occasion de parler des Eclés : comment ne pas faire connaître un Mouvement qui donne aux jeunes d'aujourd'hui, comme il l'a fait hier, l'envie et les moyens de devenir des citoyens actifs dans le monde de demain ? »


 

Quand la réflexion sur l’avenir se traduit par des « Assises ».


(Entretien téléphonique)


Auvergnat né en 1964, éclé depuis 1979, enseignant, engagé au plan local (adjoint au Maire et au Président de l’agglomération du grand Clermont)… Dit avoir choisi son métier comme prolongement de son expérience dans le scoutisme : d’une part, pour le contact éducatif avec les jeunes, d’autre part pour disposer d’une activité professionnelle lui permettant de continuer à militer dans le Mouvement.


Responsable d’unité dès son entrée aux éclés où il a suivi ses frères plus jeunes ; responsable de groupe de 1988 à 1993 à Cournon, ville de 20 000 habitants, où les EEDF ouverts à tous sans exclusive ont accueilli tous les jeunes sans concurrence des SGDF, le réseau catholique local ayant trouvé son compte dans la proposition EEDF. Le groupe, aujourd’hui animé par son épouse, compte toujours plus de cent adhérents et est très dynamique.


Régional de 1990 à 1995, membre du Comité Directeur de 1996 à 2002, il succède à Jean Gariepuy à la présidence en 1999. En 2002, après la fin de son mandat, François a présidé les Assises réunies à Saint-Étienne. Dans une période caractérisée par un développement en voie d’essoufflement et de nombreux problèmes de gestion des Services Vacances, elles ont eu pour but de poser à l’ensemble du Mouvement quelques questions « de fond » sur son évolution. De plus elles mettaient au débat la problématique de l’engagement aux EEDF qui n’est pas toujours ressenti comme épanouissant.


Trois domaines de préoccupations majeures :

– la prise de conscience d’une évolution profonde des « institutions » et de ses conséquences sur l’organisation même du Mouvement, à tous les niveaux ;

– la place des adultes, et en particulier des parents, pour assurer la pérennité de la « charpente » du Mouvement sans mettre en cause l’autonomie pédagogique des responsables plus « volatils » ;

– pour le Mouvement lui-même, la nécessité de se différencier des autres activités de loisirs offertes aux familles, en insistant plus sur nos valeurs et sur notre rôle dans l’éducation du citoyen.


Sur le premier point, l’évolution de l’organisation… « mon expérience d’élu local me conduit à penser que les institutionnels ont besoin d’avoir en face d’eux des personnalités responsables, disposant d’une réelle délégation, ce qui pouvait conduire à évoluer vers une forme fédérative : la force vive du Mouvement réside principalement dans ses groupes locaux et ils ne sont pas réellement représentés. L’A.G. devrait être essentiellement constituée des responsables des groupes, des investissements et des services… ».


Sur le deuxième point, « le Mouvement ne prend pas assez en compte le rôle et les attentes des parents, qui lui confient leurs enfants. En réalité les adultes ont une place prépondérante car c’est essentiellement d’eux que dépend la continuité des activités aussi bien que la représentation vers l’extérieur. Ce qui pose le problème de leur représentation dans les instances statutaires et démocratique du groupe local. »


Sur le troisième point, « il n’est plus possible de se différencier par les activités, tout le monde couche sous la tente ou organise des grands jeux, et les contraintes administratives nous limitent. Nous ne sommes pas des centres aérés. La différenciation doit se faire sur l’apport de valeurs dans la formation du futur adulte. Le jeu peut encore être joué et notre groupe le démontre : 1/3 des cadres adultes sont issus de l’enseignement et nous apportent leur militantisme. »


Quelles valeurs ? « La laïcité, mais non limitée à sa composante religieuse, proposant une ouverture et non une simple juxtaposition pour “ vivre ensemble ”. Ce qui pose le problème de l’importance de notre présence, car nous ne sommes pas suffisamment nombreux : nous avons une obligation de développement si nous voulons continuer à exister dans cet esprit. Il y a lieu de se poser la question d’une action commune, par exemple au niveau du Scoutisme Français, bien entendu en dehors de toute tentation de scoutisme “ intégriste ” ».


Je ne regrette absolument pas mon engagement militant dans le Mouvement et j’y suis encore très présent même si mes occupations professionnelles et politiques m’ont conduit à prendre quelque distance : ma femme s’occupe du groupe, mes enfants y sont responsables, et je représente les EEDF auprès de diverses institutions… Le centenaire devra être l’occasion de créer un réseau de tous ceux qui, comme nous, ont apporté leur militantisme au Mouvement… et reconnaissent ce qu’ils en ont reçu.


 

Témoignage écrit

 

« Je suis arrivé aux E.E.D.F. en 1972 comme louveteau au groupe de Meudon ; j’ai suivi un parcours “ traditionnel ” : louveteau, éclaireur, aîné ; à 16 ans je suis devenu responsable louveteau ; je suis resté onze ans responsable avec un passage au siège national de 1985 à 1987 comme objecteur de conscience au service international où j’ai eu la chance de côtoyer Marie-Lise Buscayret puis Arlette Houllé et de découvrir le “ siège national ”.


En 1989, j’ai été “ propulsé ” responsable régional de la région de Paris. Je dis “ propulsé ” car, à aucun moment, je n’avais envisagé d’occuper cette fonction. Je participais peu aux activités régionales, le climat à la région de Paris était assez difficile, avec tensions et multiples conflits…. À cette époque, un certain nombre de groupes, n’acceptant pas les orientations du Mouvement, ont quitté l’association. Nous avons perdu près de 400 adhérents sur la région, mais nous pouvions enfin construire sur des bases saines.


En février 1990, Roland Daval m’a sollicité pour rejoindre l’équipe nationale… J’ai accepté et suis devenu ainsi “ salarié ” aux E.E.D.F (instituteur mis à disposition). La mission, travailler pour les branches louveteaux et lutins, était passionnante et nos étions trois responsables nationaux sur la pédagogie : Michel Lhopital responsable de la branche Éclaireuses/Éclaireurs et Jean-Pierre Weyland responsable de la branche Aînés. Chargé de deux branches j’ai souhaité travailler avec deux membres associés bénévoles : Véronique Gaillard puis Nadine Tétron sur la branche Lutins et Marie-Pierre Rage pour la branche Louveteaux. Un grand merci à toutes les trois pour leur engagement et leur travail à mes côtés durant ces quatre années. Un petit clin d’œil particulier à Marie-Pierre avec qui j’ai le plus travaillé et je pense que nous formions un “ duo ” complémentaire à la tête de la branche Louveteaux.


En 1994, dans le cadre du nouveau plan d’action, Roland m’a proposé le secteur international. Pour raisons personnelles (rencontre de ma compagne Véronique Poizat et “ exil ” à Lyon), je ne suis resté qu’un an. J’ai continué bénévolement au niveau national et j’ai pris la responsabilité du rassemblement national Louveteaux à Bécours en juillet 1996 (2000 louveteaux).


Après un break de deux ans, j’ai été élu au Comité Directeur en 1998. Pour la première fois, je n’étais pas dans l’“ exécutif ”, situation d’autant plus nouvelle qu’il y avait à l’équipe nationale des responsables avec qui j’avais travaillé. Le plan était intéressant avec des nouveautés comme “ la place de l’individu ” et la réaffirmation de la nécessité du développement. Mais rapidement les mauvais résultats du développement ont remis en cause le plan d’action. François Rage, devenu président en 2000, a lancé l’idée d’assises nationales. À ce moment-là, j’étais vice-président. Le mandat de François se terminant en 2002, juste avant les Assises, il m’a sollicité pour devenir président. La période était difficile, mais les Assises ouvraient des possibilités de changements profonds de l’association ; l’équipe nationale et le Comité Directeur étaient quelque peu remis en cause du fait des mauvais résultats et, à l’intérieur même du C.D., il n’y avait pas d’unité concernant le devenir de l’association. C’est dans ce cadre que j’ai accepté ce nouveau défi ; la tâche était rude et les débuts furent difficiles, les Assises arrivant deux mois après le début de mon mandat.


Les Assises ont été un succès, même si quelques propositions que nous avions lancées ont été mises à mal. La fin de l’année a été consacrée à l’élaboration d’un nouveau plan 2003/2009 pour l’association et la nomination d’un délégué général, période délicate sur ces deux points… La deuxième année de mon mandat a été plus sereine, avec la mise en place du plan d’action et de l’équipe nationale. Il fut très agréable de travailler en confiance, en particulier avec Bruno Bisson et Claire Simon devenus vice-présidents. Un grand merci aussi à Fabrice Dubois, trésorier et ami, avec qui j’ai partagé de nombreuses soirées au téléphone à débattre, échanger… En 2004 j’ai quitté la présidence (après six ans au comité directeur) et je suis redevenu militant au groupe local de Dardilly. Ma compagne Véronique est devenue responsable du groupe et mes trois enfants, Marie, Max et Lisa ont été lutin, louveteau et éclaireur. Aujourd’hui, ils ne font plus partie du Mouvement mais je ne désespère pas qu’un jour ils y reviennent en tant que responsables ! »

 


 

Témoignage écrit

 

« Né en 1962, un an avant la création des E.E.D.F.. Actuellement (*) Délégué National au pôle Développement et communication. Rédacteur en chef des revues E.E.D.F., l’Équipée et Routes Nouvelles et ancien responsable du groupe de Béziers.

NDLR : en 2011


Marié (un couple qui ne s’est pas connu aux Éclés – et oui, cela arrive – mais Monsieur a rapidement convaincu Madame – qui était quand même animatrice de colonies de vacances – d’y adhérer et d’agir), deux enfants (Fabienne est étudiante à Paris et directrice de camp pendant les vacances au groupe de Béziers ; Marianne est lycéenne à Toulouse et jeune responsable d’animation au même groupe de Béziers).


Maîtrise de droit privé et d’études comptables. Diplôme d’études supérieures d’instituteur. Agent administratif au Cabinet du Maire de Béziers, puis instituteur dans l’Hérault, rapidement mis à disposition ensuite détaché auprès des Éclaireuses & Éclaireurs de France.


Petit parcours aventureux au sein de l’association…

 

Fils unique de parents qui n’ont pas connu le scoutisme (mon père a passé sa jeunesse dans une “ autre sorte de camp ”, en Allemagne, près de Weimar, à Buchenwald…). Un peu isolé question famille mais proche d’une cousine éclaireuse au groupe de Béziers… Je me suis donc retrouvé louveteau un dimanche de septembre 1971 (une sortie dans l’île de Tabarka, sur l’Orb, près de Béziers !) et j’y suis resté depuis. J’ai donc connu indirectement et inconsciemment les effets post-soixantuitards liés aux Assises d’Avignon : abandon du jour au lendemain de l’uniforme, de la promesse, de la totémisation (je ne suis pas totémisé et il est inutile désormais d’y songer !) avec, en corollaire, des divisions au sein du groupe (mais étaient-elles réellement liées à l’évolution nationale ?). Deux années de Louveteaux plutôt bien vécues, quatre années aux Éclés avec des souvenirs désormais devenus héroïques. À 15 ans, le choix dans le groupe est simple : Routier (ce n’était pas encore l’heure des Aînés) et (oui… j’ai bien écrit « et ») responsable à la branche Éclé. Bref, sorties tous les dimanches et camps à toutes les vacances. Un premier camp de responsable Éclé à 15 ans ½ comme… intendant de camp ! Des débuts difficiles pour une aventure parallèle entre les activités du Clan Destin et l’unité des Éclés.


Le Clan Destin, une aventure qui marque

 

Un groupe presque intergénérationnel (de 15 à 25 ans), où les aînés ne sont pas forcément tendres envers les plus jeunes (qui ne sont pas toujours bien dociles), où les activités se fondent dans la topographie locale : spéléo et escalade constituent le programme de base de l’année. Beaucoup de ski l’hiver et de nombreuses, très nombreuses activités aujourd’hui qualifiées d’autofinancement pour acheter et, surtout, entretenir un véhicule digne de ce nom. Une Renault Goëlette de 1962 ayant vécu une première carrière à La Poste remplacée en 1979 par un minicar Saviem militaire, conduit durant 10 ans par des générations de troufions avant de troquer sa robe vert armée pour un dégradé de bleus appliqué au rouleau. J’obtiens le permis en juin 1981 et quelques jours plus tard, je suis déjà au volant de ce camion qui rendra bien des services sur le chemin piégeux de Bécours 1981. Consommation d’essence (de l’essence, pas du gasole) qu’il vaut mieux ne pas mentionner de nos jours, remplacement régulier des monstrueux (surtout côté facture) pneus tout-chemin. Mais un véhicule qui nous a transportés à travers la France et l’Europe, avec le camp exceptionnel de 1982 en Yougoslavie : descente en radeaux de rivières au cœur du Monténégro, traversée de Mostar sous son célèbre pont… N’oublions pas aussi une autre “ aventure ” qui me rattrapera bien plus tard : la création d’un journal de clan… Le clan sera aussi mon atelier photo pratique, activité qui me poursuit encore. Si le théorique m’arrive par un club photo non EEDF, la pratique se fait chez les Éclés, ce qui passe aussi par un labo “ noir et blanc ” dans les toilettes du local !


Du clan à la Région…

 

À partir de 1984, c’est une longue infidélité (jusqu’en 2002) au groupe de Béziers : devenu en 1981 étudiant en droit à Montpellier, j’intègre assez vite l’équipe régionale (on disait alors “ région de Montpellier ”) tout d’abord comme C.R.I., traduisez Correspondant Régional à l’Information et donc, déjà, correspondant à l’Équipée (vous pouvez chercher les articles) puis responsable de la Route Régionale : un camp international en Tchécoslovaquie à l’été 1984, des mini-camps, la rencontre du Bassin Méditerranéen à l’été 1985, un projet archéologique dans le tunnel médiéval du Malpas, près de Béziers… Que du très bon, en somme…


Et puis ? Premier job “ officiel ”, mariage, naissance de Fabienne… D’autres préoccupations n’est-ce pas ? Mais toujours militant aux Éclés : trésorier régional avant que Gérard Lucas ne me propose un jour un “ ticket ” d’enfer : il devient trésorier régional si j’accepte de me faire élire responsable régional de ce qui est devenu la région Languedoc-Roussillon. Un gros coup, énorme, joué avec les copains éclés de Montpellier : la candidature réussie pour accueillir le “ camp avancé ” du projet TREEC93, un rassemblement national pour les aînés et les responsables au printemps 1993, le tout placé dans une dimension européenne. La “ petite ” région éclé joue désormais dans la cour des grandes. En même temps, changement de job : l’alternance politique m’expédie au placard, je prépare le dernier concours d’École Normale.


Cette petite région Languedoc-Roussillon “ qui en veut ” réclame au niveau national plus de moyens, notamment un “ permanent expansion ”. C’est OK, un enseignant mis à disposition est affecté à la rentrée de septembre 1994 à la région. Et si c’était moi ? Le Délégué général décide : ce sera quelqu’un d’autre, je dois rester responsable régional. L’Éducation Nationale tranchera à sa manière, ce sera moi ! Le début de six années dures et formidables à arpenter la région du Moulin du Franquet (Haute-Lozère) à St Pierre dels Forcats (Pyrénées Orientales), de Bagnols sur Cèze à la Montagne Noire… Un leitmotiv : la création de groupes. Des situations jugées faciles qui échoueront, des projets fous qui réussiront. Certains groupes ont disparu, d’autres sont toujours alertes : Mende, Sud Cévennes, Montpellier Beluga, les Buffo de Montpellier… Lever tôt le dimanche pour une sortie en Lozère, semaines administratives pour mettre en place et remplir un projet de formation ambitieux, soirées animées pour convaincre et accompagner les équipes de groupe. Et l’été à diriger le camp régional… Des moments de lassitude, la fatigue des kilomètres, le plaisir de la réussite, heureusement. Des années partagées avec l’équipe régionale, les équipes de groupe mises en place ou soutenues et, surtout, les générations annuelles d’objecteurs de conscience puis d’ “ emplois jeunes ”.


De la Région à la Nation…

 

Six ans plus tard, la fatigue l’emporte, je dois faire autre chose. Dominique Girard, Délégué général, ne l’imagine pas ainsi : une place se libère à l’équipe nationale, celle de responsable national chargé des branches (et accessoirement des revues !). Tu verras, ce sera facile, tu auras des moyens… La région Languedoc-Roussillon n’a plus besoin de moi, je ne suis pas irremplaçable (la preuve est facile à voir !). Du côté du siège national, c’est autre chose… Deux années, de 2000 à 2002, dont je n’ai aujourd’hui, paradoxalement, qu’un souvenir plutôt flou. S’ensuivront deux années à régime modéré (retour à Béziers en poste “ déconcentré ”) comme chargé de mission sur les revues et éditions. J’en profite pour “ reprendre ” un groupe local moribond en testant les nouveaux concepts Cheynendo et Fête du Jeu. Le groupe redémarre autour du jeu et de l’itinérance, puis à chaque année sa nouveauté et ses pistes de développement : les unités se remettent en place, création d’une ludothèque fortement impliquée dans l’animation des quartiers relevant de la politique de la Ville, création d’une unité Défi avec des jeunes handicapés mentaux, actions en lien avec les établissements scolaires, écoles et lycées, projets internationaux…


En 2004, l’équipe nationale se réorganise avec un nouveau plan d’action, j’en fais à nouveau partie en pleine responsabilité, délégué national du nouveau pôle “ Image, éditions et communication ”. Les éditions, toujours et encore, le suivi territorial, les actions pédagogiques (le rituel annuel de Cap’Éclé, Bécours 2004, Dimbali…), les chantiers transversaux, le travail quotidien avec les cadres bénévoles et les salariés…


Quelle perception peut-on ainsi avoir du Mouvement ?

 

Trop peu objective à ce jour, vous en conviendrez. Difficile de séparer, de manière crédible, la “ parole nationale ” des sentiments profonds. Je peux affirmer :


Une grande partie de ma vie (personnelle et professionnelle comme il est d’habitude de les séparer) est étroitement liée aux Éclés. J’y ai trouvé, j’y ai apporté… Bilan positif et évident. Mais ai-je réellement connu autre chose de comparable ? En tout cas, ce capital-scoutisme m’a ouvert peu à peu de nouvelles portes, un nouveau cadre, de nouvelles relations… Oui, l’étiquette Scoutisme est un sésame. Rien de ringard !


Le Scoutisme que j’ai transmis (et que j’essaye de transmettre encore) n’est pas forcément celui dont je rêve. Chargé du développement, du soutien à de nouveaux groupes ou à des groupes en difficulté, j’en ai développé, par nécessité, des formules adaptées, simplifiées peut-être même édulcorées… Il n’est donc pas toujours celui que je “ prône ”, que j’explique, que je défends en particulier dans ma prolixe production écrite au service de l’association ! J’en éprouve une certaine frustration. Mais d’autre part, j’assiste, je participe et j’apprécie le retour de l’association aux fondamentaux scouts, à la mise en place des différents éléments de méthode, à la création des outils et supports indispensables et adaptés aux EEDF… Fondamentaux d’aujourd’hui, sinon de demain… S’appuyer sur le passé et notre patrimoine mais pas de nostalgie pour autant !


J’ai côtoyé bien des “ générations ” d’enfants, de jeunes, d’adultes. Ceux qui auront fait un véritable “ bout de chemin ” aux Éclés en sont quasiment toujours sortis vainqueurs dans un domaine ou un autre : intégration dans la collectivité, développement personnel, apprentissages, ambition, cadre d’aventure, épanouissement personnel, organisation et structuration… La liste semble hétéroclite, elle est surtout incomplète !


Le cadre de valeurs des EEDF est fondamentalement en moi, comme pour la totalité des militants. Mais il me semble que ces 5 valeurs, “ comme les 5 doigts de la main ” comme on a coutume de les “ vendre ”, sont désormais réductrices en leur présentation. Nous prétendons à l’humanisme, au sens le plus large, le plus noble…


L’avenir me paraît assuré si notre Mouvement poursuit sa démarche que je qualifie d’honnête vis-à-vis de ses adhérents, des familles, des militants engagés, des partenaires… On ne prétend pas tout résoudre mais “ faire grandir ”, on combine les activités (camps compris) avec un programme plus impalpable mais ô combien fondamental (les valeurs, les relations humaines, le développement spirituel…). La question financière ne doit pas être de celles qui bloquent. Des risques évidemment, rien qui ne puisse entraîner la fin de la “ proposition ”, seulement des réorganisations (quelquefois salutaires). Les différents “ secteurs ” d’activités de l’association (vacances adaptées, formation, école de l’aventure, centres d’accueils) me semblent aussi être un facteur plus que positif dans notre actualité et notre avenir. Ils s’enrichissent entre eux, chacun a ses activités et ses expérimentations, les passerelles sont de plus en plus réelles…


Ce que je ferai demain aux Éclés ? À ce jour, je ne sais pas. Ai-je aujourd’hui besoin d’une période de rupture (vais-je la supporter et combien de temps ?) ; ai-je besoin d’une autre forme d’engagement, après une longue “ carrière professionnelle ” au sein de l’association ? Des propos qu’il faut quand même prendre de manière totalement positive car on ne déloge pas, du corps et de l’esprit, le virus Éclé aussi facilement ! Je ne connais pas de vaccin efficace hormis celui de l’action militante. À tout prendre… »



(entretien téléphonique)


 

« Tout juste à demi-centenaire, j’ai été parisienne pendant près de 25 ans et ai commencé mon scoutisme aux E.E.D.F. dès l’âge de six ans dans un groupe un peu particulier du centre de Paris dont la responsable m’avait acceptée au camp alors que les Lutins n’existaient pas encore… À 11 ans j’ai rejoint un groupe plus classique, celui du Marais… J’ai suivi le cursus classique du scoutisme, jusqu’à ma participation en 1977 à un stage régional de formation à Cautines, où j’ai pris conscience des valeurs du Mouvement et de ce que signifiaient nos pratiques pédagogiques.

 

Je ne me suis pas particulièrement intéressée à la vie régionale, qui me semblait dominée par quelques “ éléphants ” de groupes forteresses, excepté ma participation à divers comités régionaux où je m'exprimais peu ; heureusement, mon futur mari y venait aussi (lui responsable du groupe de Chaillot et moi de celui du Marais). Et nous nous sommes mariés à Cappy (quasi en ruine), en 1979.

 

Étudiante en Histoire de l’Art avant de devenir professeur d’Histoire et Géographie, j’ai quitté Paris en 1983 pour rejoindre Angers et les Pays de la Loire, où le contact avec les éclés s'est fait tout naturellement à l’occasion du congrès régional. Daniel Auduc, alors Délégué Général, m’a demandé de consacrer un peu de temps à la gestion des affaires courantes de la région, qui n’avait pas d’équipe régionale, mais je n’ai jamais fait de différence entre mon activité salariée (de courte durée et à quart de temps) et mon activité bénévole. J’ai ensuite accepté, pendant 5 ans, la responsabilité de la région : il m’en reste le souvenir d’une tâche difficile, dans une période où elle se superposait à mon activité professionnelle et à l’arrivée de mes enfants. Il fallait traiter des crises de comportement, des conflits de personnes et de conceptions… J’ai surtout pris plaisir à faire vivre une activité de formation à travers des week-ends régionaux et des stages communs avec la région “ voisine ” de Normandie.

 

Premier épisode au Comité Directeur en 1995-96 : j’y ai été élue avec un mandat de deux ans et n’ai pas souhaité me présenter à nouveau, n'ayant pas trouvé ma place dans les discussions à cette époque… J'ai alors reçu et accepté la proposition de retrouver “ le terrain ” comme responsable du groupe d’Angers. C’est la responsabilité qui, dans mon souvenir, me semble la plus difficile parce que la plus prenante, surtout parce que nécessitant une totale et permanente disponibilité ; mais c'est aussi celle qui crée les liens les plus forts entre les personnes, à partir des camps. Le groupe local est la structure qui permet de suivre dans la durée l’évolution des jeunes à la prise de responsabilités…

 

Nouveau déménagement en 2000, vers la région Midi-Pyrénées, accompagné d’un besoin fortement ressenti de faire une pause. Je n’ai accepté à Castres, pour donner un coup de main, qu’une fonction de trésorière départementale (à côté d’un comptable professionnel). Mon militantisme a alors trouvé d’autres engagements dans la recherche d’un autre monde possible : l’association Attac d’abord, dont j’ai été présidente départementale, puis la création des AMAP dans le Tarn, pour le maintien d'une agriculture “ paysanne ”, dans un département essentiellement rural dynamique et engagé. Et j’ai eu, après quelques temps, envie de revenir vers les EEDF pour y retrouver une vue plus globale des valeurs que je voulais continuer de mettre en pratique. En particulier, j’ai apprécié la présentation que la région avait faite, dans un forum d’associations, des problèmes d’environnement, avec une approche à la fois théorique et pratique, bref, je retrouvais les fondamentaux du scoutisme : l'éducation par l'action… J'ai proposé mes services pour des activités de formation. Mais l’intégration dans une nouvelle région n’est pas toujours évidente : bien que je n'aie pas de passé commun avec Midi-Pyrénées, je me sens “ comme à la maison ” grâce à la chaleur des gens d'ici et parce que j'ai retrouvé le scoutisme “ éclé ” que j'avais vécu dans mon groupe d'origine ; mais il faut du temps, des activités communes, pour retisser du lien.

 

La suite ? En 2007, j’ai été élue par le congrès régional comme remplaçante d’un délégué à l’Assemblée Générale et, comme il n’a pas pu s’y rendre, j’y suis allée… Plouf ! J'ai replongé avec les questions de fond concernant la laïcité, ce qui m’a conduite à revenir l’année suivante… et à présenter ma candidature au Comité Directeur. Au bout d'un an, j’ai repris le pilotage de l'“ Observatoire de la Laïcité et de lutte contre les Discriminations ”, qui avance tranquillement, à partir d’un groupe de réflexion ouvert, qui permet de se confronter (ô combien), mais aussi de faire évoluer son point de vue à l'écoute des autres. Pour la rédaction d’un nouveau document, nous avons à traiter le sujet aussi bien au plan théorique qu’au plan pratique, en particulier en ce qui concerne l’éducation à la laïcité et l’approche que nous pouvons en proposer aux jeunes responsables qui semblent très démunis sur ce plan, aussi bien en ce qui concerne leur connaissance du sujet que la possibilité d’en débattre et de prendre en compte les situations réelles rencontrées sur le terrain. À partir de nos propositions, la réflexion doit s’étendre à l’ensemble du Mouvement et c’est l’étape suivante.

 

Très récemment, j’ai également accepté de m’investir dans la préparation des manifestations de notre Centenaire, ce qui représente un nouveau défi.

 

Ce que le Mouvement m’a apporté ? En plus de ses formations classiques à travers ses activités, il m’a appris, par exemple, à avoir envie de prendre la parole dans un groupe, à rencontrer des gens très divers et à les aimer, à m’ouvrir aux autres, à accepter des défis… ce qui m’a aussi donné envie de partager.

 

Ma conclusion sur mon engagement et l’avenir du Mouvement ? J’ai choisi de revenir vers les EEDF parce que je considère, après expérience, que les problèmes de société actuels nécessitent d'être appréhendés de façon globale, en reposant l'éducation aux valeurs, ce qui est le cas dans notre Mouvement. Nous avons à nous engager dans un véritable humanisme, fait de solidarité, de volonté de vivre ensemble, de laïcité.


Je crois que nous nous trouvons dans une période où ces valeurs commencent à perdre leur sens, au bénéfice de l’individualisme. C’est un problème de nature politique, auquel nous devons nous intéresser par un engagement constructif, au service de la citoyenneté, de la démocratie et de l’environnement, en reprenant les nouvelles données de la société telle qu’elle est, pour en tirer parti. Je suis optimiste car je pense que ce besoin de scoutisme existe et que notre militantisme peut aider à définir et proposer des solutions, ou plus modestement peut former des jeunes à retrousser leurs manches… »


 

Actuelle « coordinatrice » du Comité de Gestion et d’Animation de Bécours (CGAB), Florence nous raconte en quelques phrases son parcours, a priori méfiant, et les conclusions qu’elle en tire aujourd’hui.


Témoignage écrit


Présentation personnelle :


« En 2010 j'ai 38 ans, je suis originaire de l'Aude en Languedoc Roussillon, j'ai suivi des études en fac à Toulouse puis à l'IUFM, d'où mon métier (enseignante… trop original chez les EEDF!).


Je ne suis pas “ née éclée ”, les EEDF m'ont “ racolée ” lors d'un stage dans une école, par l'intermédiaire de la directrice, femme d'un responsable de groupe local (et oui ça ratisse large !). Elle m'a parlé d'un groupe tout récent dans mon village, genre “ je suis sûre que ça va te plaire, tu as l'esprit ”. Je me suis imaginée en jupette avec béret et chaussettes blanches, l'horreur, moi qui traînais mes guêtres plutôt dans les concerts rock… Je faisais déjà de l'animation (colo, CLSH, camp d'ados…) mais uniquement en période estivale, et vu son enthousiasme à me parler de cette association, malgré mes a priori je suis quand même allée à une réunion. C'était en 1991. Je n'en suis jamais repartie !


Tout ce qui s'est dit correspondait à ce qui me manquait dans l'animation et à ce que j'en attendais : quelque chose de moins axé sur les loisirs, moins consumériste, moins de discours post soixante-huitard sur le papier et de toute façon pas mis en place sur le terrain avec les enfants. Je recherchais en fait, sans trop le savoir, à faire de l'animation avec une continuité éducative et impliquant plus les enfants dans des projets, dans la vie quotidienne. Pas dans un contexte style “ je suis assis à table et j'attends mollement que la cantinière vienne me servir, pis après ya chépakoi comme activités ”.

 

Parcours dans le scoutisme :

 

J'ai donc commencé à 19 ans responsable d'unité dans un groupe local. J'y suis restée pas mal d'années et ce fut une excellente école pour apprendre à organiser, à anticiper, se former à l'intendance, à la comptabilité, monter des projets, rencontrer des élus, à voir du pays lors des camps. J'ai complété ma formation peu à peu (AFPS, BAFD…). Arrive le jour où on doit entrer dans la vie active, changer de département et l'engagement sur le groupe local devient trop lourd. Je me suis alors engagée au GAES* de 1999 à 2006, l'expérience que j'en retire est riche grâce à toutes les questions que ces projets et  aventures humaines m'ont amenée à me poser. En parallèle je continuais à participer ponctuellement à la vie de l'association (encadrement BAFA, aide sur les gros rassemblements…). Évidemment, un jour ou l'autre on atterrit à Bécours et voilà ce qu'il advient de vous : se transformer en pauvre chose poussiéreuse et poisseuse qui pousse une brouette dans les ruelles d'un hameau, les mollets griffés par les ronces, appréhendant néanmoins le jour du départ, toute atteinte que j'ai été dès le début par le virus de la bécourrite. De Rencontres Nationales en week-end chantiers là aussi on finit par vous retenir, vous adhérez donc au CGAB, puis un jour on vous flatte pour vous présenter au bureau, et pour peu que vous ayez une grande gueule, de l'énergie, de l'organisation et de la passion pour ce lieu et ce qu'il y a à y faire, vous vous retrouvez coordinatrice.

 

* GAES (Groupe d'Action et d'Education à la Solidarité) : groupe EEDF toulousain, composé uniquement de responsables éclés majeurs ou d'étudiants « non issus des EEDF », ayant pour but de se former soi-même aux actions de solidarité (activités avec des porteurs de handicaps…) ou projets de coopération (à l'étranger) pour amener cette pratique, ce vécu, cette réflexion, sur son groupe local. Le GAES a fonctionné pendant 10 ans environ.

 

Conclusion personnelle : ce que les EDF m'ont apporté, ce qu'ils peuvent encore apporter

 

Je mesure chaque jour l'apport des EEDF ! À mes débuts de jeune enseignante, mon parcours aux éclés a favorisé ma compréhension des projets pédagogiques et leur méthodologie, de façon plus efficace et concrète, je dirais, que les cours à l'IUFM. L'expérience de la formation, comment se positionner par rapport au savoir, aux stagiaires (qui est-on ?, comment enseigne-t-on ?), m'ont également donné plus d'assurance et renforcé ma conception éthique de ce travail.


Sur un plan plus personnel, au fil des années, les camps, stages, congrès et AG, ont développé beaucoup de savoir-faire ou compétences, celles dont je suis le plus consciente sont l'esprit critique, la polyvalence, l'engagement, l'assurance à parler en public, la fidélité en mes convictions, la capacité à organiser, à fédérer. C'est sûrement toute mon expérience bénévole qui a forgé tout cela, mais c'est sans nul doute notre scoutisme qui m'a le plus permis de progresser.


Je suis très fière de tout ce que j'ai appris à faire aux éclés, de la capacité à débattre jusqu'au rejointoiement de murs en pierres ! »



Élu Président de l’association lors de l’Assemblée Générale 2009, Yannick Daniel a accepté un entretien téléphonique début 2010, après quelques mois. Il nous raconte son parcours, ses activités, ses engagements, son choix professionnel… et son militantisme.


Entretien téléphonique

 

« J’ai 38 ans, je suis travailleur social. Je suis entré aux EEDF en 1977 au groupe de Dinan dans les Côtes d’Armor, j’avais six ans. Ma famille n’y est pour rien au départ, ou presque : elle avait trouvé dans sa boîte aux lettres un tract invitant à un grand jeu dans la forêt, ça m’a plu ! Bien sûr elle s’est investie par la suite dans le Mouvement, tout comme moi.


Les EEDF étaient bien implantés en Côte d’Armor, avec six groupes actifs. J’ai fait mon premier camp à 7 ans à Pâques, avec une spécialité locale, la roulotte. Louveteau, puis éclé dans un équipage, puis responsable d’équipage, j’ai fait des camps variés, pratiquant les techniques scoutes – cuisine sur feu de bois, couchage sous tente, froissartage… – sans avoir connu les “ rituels ” traditionnels scouts – loi, promesse, totémisation.


Bien sûr, passage aux aînés : premier camp à l’étranger, en Yougoslavie, camp en Irlande suivi d’un échange avec des aînés Irlandais. Participation à un camp louveteaux, puis responsable Éclé à 17 ans pour quelques années. Retour vers les aînés pour devenir référent de branche et organiser, en 1992, avec l’aide de François Daubin, alors responsable International, un camp en Roumanie : deux ans après la chute de Ceaucescu, c’était une reprise de contact avec le scoutisme roumain. Nouvelle aventure, avec parents et amis cette fois, pour un camp de ski en Roumanie. En 1995, le camp éclé franco-roumain y a réuni 80 participants ! Ces échanges se sont prolongés jusqu’en 1996.


Dans l’intervalle, j’ai été appelé en 1992 à faire partie de l’équipe régionale de Bretagne, en même temps que de l’équipe départementale de Côtes d’Armor. Je m’y suis occupé, avec Catherine Callemard, de développement, sous la houlette de Roland Daval. En 1998, j’ai été élu responsable régional pour une nouvelle période de 6 ans… Pendant cette période, j’ai pris conscience d’une nouvelle dimension de l’animation, avec des problèmes “ territoriaux ” à résoudre : programmation de la formation, organisation de rassemblements de branches, mise en place d’une permanence régionale…


Cette responsabilité ne m’a pas empêché de participer à des activités de terrain, comme les camps Louveteaux, et de diriger, en 1994, un camp national d’aînés à Bécours – où j’ai participé, ensuite, aux rassemblements Bécours 2000 et 2004. Mais, surtout, j’ai découvert celles proposées à des handicapés par les services Vacances. D’abord avec ceux d’Orléans, pilotés par François Daubin, puis de Caen. J’y ai pris conscience de l’apport de notre méthode au service des handicapés, et je représentais en quelques sorte, pour certains animateurs non EEDF, le “ canal historique ” de notre scoutisme. Je dois dire que ce contact est pour beaucoup dans mon orientation professionnelle : ayant suivi un parcours scolaire de “ sports études ”, j’ai envisagé un moment de m’orienter vers le sport…


Après un petit break d’un an, j’ai pris conscience de la dimension nationale de notre activité et je m’y suis intéressé. J’ai été élu au Comité Directeur en 2006, en principe simplement pour participer, mais je m’y suis retrouvé trésorier adjoint pendant un an, puis trésorier pendant deux ans, avant d’être élu président en 2009, à la suite d’une petite “ crise institutionnelle ” qui remet en cause les modalités de notre fonctionnement national.


Je pense qu’une première évolution s’est située en 2006 quand le Comité National – réunissant les responsables régionaux, élus par les régions, et le Comité Directeur, élu par l’Assemblée Générale – ont été regroupés pour former le Conseil National, consulté pour la définition des grandes orientations du Mouvement. Ce fonctionnement a commencé à changer la donne en ce qui concerne le partage des responsabilités nationales. Cette réflexion est à prolonger, et le Comité Directeur, où ont été élus plusieurs responsables régionaux, va s’y atteler pour définir les modalités d’une “ co-construction ” à trouver.


Nos valeurs ? Je ne mets pas en cause notre rattachement au scoutisme, qui nous apporte une originalité, même si l’évolution de certains de nos amis du Scoutisme Français semble préoccupante et nécessite une attention. Je mets au premier plan laïcité, démocratie et éco-citoyenneté.


Laïcité, car elle propose une façon de grandir et faire grandir en s’ouvrant aux autres ; je suis particulièrement attentif aux travaux de l’Observatoire de la laïcité mis en place par le Comité Directeur.

 

Démocratie, car elle ne se limite pas, chez nous, à une définition théorique : j’ai été élu délégué de classe tout au long de mon parcours scolaire, de la 6e à la Terminale, y compris une fois où je n’étais pas candidat… Notre Mouvement nous apprend à tous la possibilité de prendre la parole, d’exprimer notre point de vue de citoyen.


Éco-citoyenneté enfin, car c’est une citoyenneté du futur.


Optimiste ? Je le suis. Notre scoutisme est vécu, sur le terrain, il permet la transmission de ces valeurs, il a toute sa place. »

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