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2025.12 : Reconnaissance à François Baize

Le rédacteur, Daniel KROL est entré chez les Eclaireurs en septembre 1954 et a quitté le mouvement en 1978, après un parcours classique : louveteau, éclaireur, routier (terme en usage à l’époque) puis responsable. Il fut le premier permanent accueilli au titre du Service Civil, en tant qu’objecteur de conscience en 1972. Quelques vieux se souviennent peut-être de celui qui avait pour totem « Ouistiti Anarchiste et Foudroyant ».

Nous sommes un petit groupe d’anciens éclaireurs grenoblois, désireux de témoigner notre reconnaissance à François BAIZE. La courte paille m’a désigné comme porte-parole.

François était notre ainé d’une dizaine d’année et de ce fait, par son rayonnement, il contribua de façon décisive à notre formation, notre épanouissement et à l’affirmation de nos convictions dans cette phase complexe du passage à l’âge adulte.

Nous voulons en premier évoquer sa personnalité.

Sa bonhomie apparente ne pouvait masquer sa détermination, ni sa modestie éclipser sa culture et sa soif de partage. Lecteur infatigable, il avait le goût du débat et d’échange et ne détestait rien moins que l’approximation.

Homme d’étude et de réflexion, François montra lors de son passage à la direction de la revue « Routes Nouvelles » une audace novatrice qui trouva un large écho parmi les jeunes militants que nous étions (nous avions quoi ? 15 ans 17 ans ? pour les plus jeunes, 18/20 ans pour les plus âgés) et qui nous engagea dans un parcours que résume très bien le titre d’un numéro spécial de la revue

« Parce que nous croyons en l’homme »

Laïcité, antiracisme, objection de conscience, violences sexistes, éducation sexuelle, « Routes Nouvelles » et d’autres forums sous sa direction furent des lieux de découverte, de débat, de controverses et le terreau fertile où se forgea la détermination d’une génération de jeunes femmes et de jeunes hommes, attachés à la Laïcité et à l’éducation populaire et qui mirent ensemble leur énergie, leur enthousiasme et leur volonté de servir au premier plan de leurs engagements, dans le mouvement Eclaireur naturellement, mais également bien au-delà.

François était également un homme d’action, un organisateur admirablement servi par sa méticulosité extrême et sans concession sur le contenu, la méthode ou la forme, au point que nous en faisions parfois un sujet de plaisanterie amicale.

De l’organisation magistrale de grands rassemblements à celle de forums de réflexion sur les évolutions nécessaires de ce qui étaient notre ambition et nos méthodes pédagogiques, nous retiendrons des moments d’intense fierté et le bonheur de les avoir vécus à ses côtés.

Une phrase inscrite dans Routes nouvelles résumerait à elle seule, si cela était possible le sens de ses actions : « L’indépendance ne s’acquiert pas dans la résignation, mais quand on a 20 ans et le cœur plein de soleil ».

Et nous allions vers nos 20 ans.

François, avec quelques autres cadres fut un artisan essentiel de l’aggiornamento pédagogique dans la décennie 75/85 avant de devenir le pivot du mouvement dans la région académique de Grenoble, qu’il rejoignit après avoir assumé des responsabilités nationales.

Le choix de Grenoble, ne doit rien au hasard, il avait repéré dans l’engagement des équipes locales une effervescence, parfois brouillonne mais enthousiaste jusque dans ses excès, qu’il jugeait d’autant plus prometteuse qu’elle puisait sa force dans ses contributions aux débats de l’époque à condition toutefois d’approfondir la réflexion, canaliser les débordements et mieux coordonner les actions. François y parvint par sa personnalité, sa méthode et sa pondération. On ne peut exclure que sa barbe de vieux sage y contribua puissamment.

En nous engageant à ses côtés, nous avons vécu une période fertile inoubliable, des moments de grandes amitiés et parfois de frustrations, mais qui contribua de façon déterminante à faire de nous ce que nous sommes devenus.

François, nous ne souhaitons pas te dire adieu, juste merci, des remerciements lourds d’émotion et notre fierté d’avoir savouré ensemble au cours d’une période de nos existences, « l’insoutenable légèreté de l’être » quand elle se met au service d’une cause.

Nous voulons également rendre hommage à Irène et la remercier. A ses côtés, elle joua un rôle déterminant par son soutien mais aussi et surtout par son action propre et ses contributions personnelles et auprès de qui nous savions pouvoir trouver une écoute bienveillante et, à diverses occasions, réparatrices quand les circonstances l’exigeaient. Et naturellement notre tristesse et notre amitié à Hélène.

S’il fallait résumer, il est sans doute opportun de rappeler les fondamentaux du scoutisme laïque.

L’engagement des louveteaux et des louvettes est : de faire de leur mieux

Celui des éclaireuses et des éclaireurs : d’être toujours prêts.

Jusqu’au soir de sa vie, chez les éclaireurs bien sûr, mais également dans ses engagements syndicaux ou associatifs, François n’aura jamais failli à ces promesses.