1912 : Les débuts du scoutisme féminin
Qui a commencé ? suite : chez les filles, c’est un peu plus simple…
Tout aussi passionnante que chez les garçons, l’histoire du scoutisme féminin en France suit, de très près, celle du scoutisme masculin, et met aussi en évidence quelques personnalités remarquables qui méritent d’être évoquées. Il est clair que si, pour les garçons, l’arrivée du scoutisme et de ses principes, dans les tout débuts du XXème siècle, était une nouveauté, on peut considérer que, pour les filles, c’était une véritable… révolution.
Les débuts : le foyer de la rue de Naples en 1912 :
Les débuts ? Ils se situent rue de Naples, à Paris, dans un foyer de l’U.C.J.F., Union Chrétienne de Jeunes Filles, donc d’obédience protestante, mais avec, dès le début, une volonté d’ouverture à toutes. Le numéro de juin 1912 du « Muguet », organe mensuel du foyer, évoque la création d’un « corps de Girls-Guides » et annonce la couleur, sous l’impulsion d’Elisabeth Fuchs :
« L’idéal du mouvement des Girl-Guides est le perfectionnement général de la jeune fille. Le perfectionnement physique fera d’elle une femme capable de supporter toutes les fatigues avec courage et joie et une mère heureuse de la bonne santé qu’elle aura transmise à ses enfants. Le perfectionnement moral et intellectuel fera d’elle la compagne tendre et dévouée de son mari, l’éducatrice douce et éclairée de ses enfants.(…). Le corps a été définitivement organisé le dimanche 19 mai, jour où eut lieu le premier examen d’aspirantes. (…). Une quinzaine de jeunes filles furent reçues aspirantes guides. (…). Le 2 juin marque une date importante dans l’histoire des girl-guides : les Guides font leur première sortie ».
Mais d’ores et déjà, une préoccupation apparaît dans le même texte : « Qu’on examine un instant le terme anglais Girl Guide (…) Nous (en) connaissons la signification et nous aimons la noblesse de l’idée qu’il résume. Cependant nous voudrions trouver un nom français pour désigner le corps qui vient d’être créé ». Et la suite en est décrite par le numéro de juin 1913 : « Je veux tout de suite réfuter une accusation qu’on lance assez facilement contre les Éclaireuses quand on ne les connaît pas : on craint que les Éclaireuses ne deviennent des sortes de garçons manqués et l’on se demande si l’organisation n’est pas trop militaire pour des filles. Eh bien, qu’on se rassure, car si le programme des Éclaireuses est le même que celui des Éclaireurs pour tout ce qui touche au côté moral, à l’honneur et au respect de soi, il reste un programme essentiellement féminin pour tout le reste. Les Éclaireuses apprennent tout ce qu’une femme doit connaître pour se préparer à être une bonne mère et une bonne citoyenne ».
Il ne faut pas s’arrêter aux définitions sous-jacentes du rôle de la femme, rappelons-nous que ce texte a été écrit au tout début du XXème siècle. Et retenons quand même, au passage, l’allusion au rôle de citoyennes, plus de 40 ans avant que la femme ait accès au droit de vote…

Entre 1913 et 1920 :
À partir de la première expérience du foyer de Naples en 1912, un certain nombre d’unités d’éclaireuses vont se créer, souvent en liaison avec les U.C.J.F. (Unions Chrétiennes de jeunes Filles). Elles ressentiront rapidement le besoin de rapprocher leurs expériences. En 1919, les statuts d’une association loi 1901, dénommée Mouvement des Éclaireuses Unionistes, sont rédigés. Les dirigeantes doivent être chrétiennes, mais la définition initiale prévoit la possibilité de créer des sections qui « suppriment de l’engagement le nom de Dieu » et dont les cheftaines ne sont pas chrétiennes. Mais ce projet ne s’est jamais réellement concrétisé. La difficulté est évidemment de juxtaposer une origine et des références religieuses avec une volonté réelle d’ouverture à toutes. Le foyer de Naples semble d’ailleurs avoir tranché en affirmant un caractère « non-confessionnel ». Il va être l’une des deux influences déterminantes pour la création de la Fédération Française des Éclaireuses et de sa section « neutre ».

Remarque : sur ce document de 1916, le texte de la promesse ne comporte pas de référence religieuse
1921 : Marguerite Walther et la Fédération Française des Éclaireuses
S’il est une personnalité qui a marqué la création et l’organisation du scoutisme féminin dans notre pays, c’est bien celle de Marguerite Walther, à partir der son expérience à la Maison pour Tous de la rue Mouffetard où elle a créé une unité d’éclaireuses. Elle nous raconte elle-même les débuts de la fédération et de sa section « nouvelle ». Un contact est pris avec les Unionistes mais la déclaration d’intention est claire : « Nous faisons du travail neutre. C’est conforme à la mentalité du quartier, et puis nous voulons recevoir toutes les enfants, d’où qu’elles viennent, et qu’elles se sentent toutes à l’aise. D’ailleurs, dans notre groupe de travailleurs, il y a des gens appartenant à diverses Églises ou sans Église, comme moi-même. J’ai cru plus loyal de vous en prévenir afin que vous sachiez d’avance que, si nous arrivons à mettre quelque chose sur pied, ce sera indépendant de votre Mouvement ».
Le congrès d’Épinal , en juillet 1921, aboutira à la création de la F.F.E., articulée, suivant une formule inédite, en « sections » permettant aux cheftaines et aux éclaireuses de vivre leur foi ou leur spiritualité dans un ensemble cohérent où la recherche pédagogique prend évidemment le dessus. Mais ce n’est pas joué tout de suite, et il faut noter l’importance de la position de la cheftaine du groupe Paris-Naples, groupe le plus ancien, qui fait appel à l’union et souhaite l’élargissement du Mouvement afin que son groupe puisse y entrer.
La suite est connue : de 1921 à 1964, la F.F.E. permettra à des filles d’origines différentes de vivre un scoutisme féminin « ouvert », indépendant de tout dogme, allant même jusqu’à créer des sections « libres » pour les éclaireuses d’origine catholique souhaitant un accompagnement religieux. À travers plus de 40 ans de la revue « Le Trèfle » et la collection du D.T., nous nous sommes efforcés de la parcourir pour l’ouvrage à paraitre en 2011 et nous avons constaté que cette histoire est passionnante. Le rôle de la F.F.E. dans la construction et le développement en France d’un scoutisme féminin mérite d’être mieux connu.
Merci à Denise Zwilling, présidente de l'association des anciennes F.F.E., qui nous aidés à préciser certains éléments de cette histoire des débuts du scoutisme féminin





