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Association pour l'Histoire du Scoutisme Laïque

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1940 : les résolutions d’Auvillars, une étape majeure

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… en réponse à une situation mais engageant le Mouvement pour la suite…

 

 

Les « résolutions d’Auvillars » sont évoquées à plusieurs reprises dans divers articles, mais il nous a paru intéressant de les présenter dans leur intégralité, en extrait de l’ouvrage « les Éclaireurs de France de 1911 à 1951 » de Pierre Kergomard et Pierre François, avec quelques commentaires des auteurs de l’ouvrage.

 

 

Les résolutions d’Auvillars

 

Les 10 et 11 septembre (1940), un conseil de commissaires, nationaux et régionaux, se réunit à Auvillars.

Étaient présents : Melle M. Valloton, MM. A. Lefèvre, A. Basdevant, R. Waltz, M. Lévy-Danon, M. Prançois, F. Bouteille, E. Peyre, R. Duphil, R. Alauzen, F. Rongan, P. Brousse, M. Monnier.

 

Voici les résolutions qui furent adoptées à l’unanimité :

 

1. Il n’est pas de scoutisme sans idéalisme. Ne sont EDF que ceux qui se montrent attachés à un Idéal spirituel ou religieux.

2. Le chef se fait un  devoir de respecter chez ses garçons les sentiments religieux ou les tendances idéalistes ; il facilite leur plein épanouissement.

Au cours de toute sortie ou de toute journée de camp, le chef prévoit un moment d’élévation morale ; il se garde de tout prosélytisme mais, s’adressant à tous, il invite chaque éclaireur à mettre ses forces spirituelles personnelles au service de notre loi et de notre promesse.

3. Le Mouvement des E.D.F. renonce à sa forme fédérative et adopte celle d’association. Cela entraîne la disparition des associations locales et par là-même des comités locaux. Afin de remplacer ces derniers, le commissaire local s’adjoint une équipe de collaborateurs, placés sous son autorité. Ce sont des délégués locaux, membres actifs du Mouvement dont ils acceptent la promesse et la discipline.

Exceptionnellement, le C.L. peut choisir des auxiliaires en dehors du Mouvement : ils sont alors Amis des Éclaireurs.

4. Le C.L. est seul responsable devant le Mouvement de la gestion et de la vie du groupe local. Son âge minimum est fixé à 25 ans.

5. Une nouvelle organisation du commissariat national prévoit :

-   un commissaire général, inspirateur du Mouvement et plus particulièrement responsable de la formation des cadres,

-   un commissaire national, chargé de la direction du Mouvement,

-  des commissaires nationaux adjoints (aux branches, au C.N., à l’administration, aux publications)

6. Nous devons revaloriser les clans de routiers. Ils devront s’orienter vers la formation des chefs ou les grandes spécialisations.

7. Nous voulons renforcer la discipline et l’esprit de corps dans le Mouvement. Il sera institué un cérémonial obligatoire pour les trois branches.

8.  Nous avons besoin d’un scoutisme simple et rude, comportant des efforts et des exploits.

9.  Nous développerons l’enthousiasme des Éclaireurs de France en les rendant conscients de leur place à la pointe de la jeunesse française et en leur donnant comme mission l’union entre tous les Français et la reconstruction de la Patrie.

 

Les commentaires qui accompagnent cette présentation sont intéressants car, écrits dans les années 60 par des acteurs de cette période, ils aident à la resituer dans le temps :

 

« On peut d’abord s’étonner de ce que les destinées des EDF aient pu être modifiées par un aussi petit nombre de leurs responsables. Ces  derniers étaient, certes, convaincus qu’ils représentaient l’opinion du Mouvement. La population française était écrasée, tout portée au mea culpa et disposée à accepter les changements nécessaires. Le texte des résolutions reflète bien l’état psychologique de la France au cours de l’été 1940 et ce que ressentaient les E.D.F. pour leur part. »

 

Suivent des considérations sur les principaux articles :


«  La résolution numéro 6 présente de l’intérêt car elle laisse transparaître que le scoutisme ne peut avoir d’influence que s’il dépasse le monde des enfants et que s’il parvient à se prolonger parmi les jeunes gens. (…) Il appartient aux E.D.F. de former des individus vertueux. Mais il ne leur revient pas de s’occuper du passage de la moralité individuelle à la moralité publique. (…)

Les résolutions numéros 3 et 4 ont une signification et une portée beaucoup plus précises. Elles visent à transformer radicalement l’institution des E.D.F. en passant d‘une fédération où les associations locales jouissaient d’une relative liberté, à un association nationale, unitaire et fortement hiérarchisée. Il fallait éliminer l’influence des comités locaux, composés de membres non scouts. »

 

Au total, les « résolutions d’Auvillars » peuvent être considérées comme plutôt paradoxales : elles sont clairement le fruit d’une période, qui les marque fortement, mais elles définissent ce qui sera, finalement, l’orientation du Mouvement pour les décennies à venir : une association nationale, qui aura à se poser la question de son fonctionnement « unitaire » mais pas forcément « fortement hiérarchisé », avec l’émergence d’une volonté de démocratie. Il est intéressant de les rapprocher de l’étape suivante : les « résolutions d’Angoulême » !